Tessera Sciences
Un médecin grec de l’île de Cos, vers 400 av. J.-C., tenant une tablette de cire au chevet d’un malade, dans une pièce blanche ouverte sur la mer.
Les savants · L’atelier · 6 étapes

Hippocrate : observer le malade.

Il y a 2 400 ans, des médecins grecs, que la tradition rattache à l’île de Cos, décident de regarder le malade jour après jour et de chercher des causes naturelles aux maladies. On sait peu de choses sûres sur Hippocrate lui-même : trie le vrai de la légende, refais leur démarche, et découvre ce qu’ils ont eu faux.

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Étape 1 · vers −460 – vers −370

Ce qu’on sait, ce qu’on raconte.

La vie d’Hippocrate est mal connue : un bon historien sépare les faits, les attributions et les légendes.

1Trie le vrai du légendaire
L’île de Cos vers 400 av. J.-C. : une baie, des maisons blanches, un médecin qui marche vers la maison d’un malade.

Sa vie

Je trie

Établi, attribué ou légende ?

Sur Hippocrate, on sait peu de choses sûres. Pour chaque phrase, dis s’il s’agit d’un fait établi, d’une idée attribuée à son école (sans certitude sur l’auteur) ou d’une légende.

Étape 2 · Cos

Les instruments du médecin.

Une tablette pour noter, une balance pour le régime, une cruche pour tester l’eau : essaie-les toi-même.

2Essaie les trois instruments

Clique sur les instruments de la table. Chacun se manipule.

L’établi
Étape 3 · vers −400

Sacré, ou naturel ?

Un traité attribué à l’école de Cos prend position contre les guérisseurs : cette maladie n’est pas plus divine que les autres.

3Vérifie ton hypothèse
Un guérisseur brûle de l’encens et récite des formules au chevet d’un malade, pendant qu’un médecin observe, à l’écart.

Je fais une hypothèse

Sacré ou naturel ?

Vers 400 av. J.-C., un traité attribué à l’école de Cos s’attaque à la « maladie sacrée » : des crises où le malade tombe et se débat, ce qu’on appelle aujourd’hui l’épilepsie. Des guérisseurs disent qu’un dieu l’envoie et proposent purifications et incantations.

Ce que l’auteur observe

La maladie touche aussi des animaux, comme les chèvres. Elle revient parfois de parents à enfants. Les purifications et les incantations ne changent rien, et en cas d’échec les guérisseurs accusent les dieux.

Étape 4 · Épidémies · Pronostic

Suivre le malade, jour après jour.

Regarder, noter, comparer, prévoir : l’art d’observer devient une méthode.

4Vérifie ton hypothèse
Au chevet d’un malade, un médecin pose la main sur son front pendant qu’un jeune assistant note sur une tablette de cire.

Ce que le médecin note

Ni thermomètre ni microscope : le médecin regarde, touche et écoute. Il juge la fièvre en touchant le malade, et note les sueurs, le sommeil, la couleur de l’urine, la respiration, la parole.

Dans les Épidémies, chaque malade est suivi jour après jour, parfois avec son nom, sa ville et son quartier. À notre connaissance, ce sont parmi les plus anciens dossiers de malades suivis ainsi, au jour le jour.

Dire le passé, le présent, l’avenir

Le traité Pronostic demande au médecin de lire dans les signes ce qui s’est passé, ce qui se passe et ce qui va arriver. Le malade lui fait confiance… et le médecin admet qu’« il est impossible de guérir tous les malades ».

Une phrase des Épidémies résume la règle : face à la maladie, aider, ou du moins ne pas nuire.

Aujourd’hui encore

Ton carnet de santé, le dossier d’un patient à l’hôpital, la courbe de température d’une infirmerie : tout cela reprend la même idée, suivre un malade jour après jour et tout noter.

Je fais une hypothèse

Philiscus, malade de Thasos

Un des cas des Épidémies (vers 400 av. J.-C.). Jour 1 : fièvre aiguë et sueurs. Jour 2 : aggravation. Jour 3 : le matin, la fièvre semble tomber. Mais le soir elle revient, avec soif, langue sèche, urine noire, une nuit sans sommeil et du délire.

Étape 5 · 400 av. J.-C. – XIXᵉ siècle

Une belle théorie… qui était fausse.

Les quatre humeurs ont régné pendant 2 000 ans. Comment a-t-on découvert qu’elles n’existaient pas ?

5Trie ce qui a tenu

Une théorie célèbre

Le traité Nature de l’homme (attribué à Polybe, gendre d’Hippocrate selon la tradition) décrit quatre humeurs : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. La santé serait leur bon équilibre ; la maladie, un déséquilibre.

On soigne alors en rétablissant l’équilibre : régime, repos, ou évacuation de l’humeur en excès, par purge ou saignée.

Une idée qui dure

L’idée n’est pas née avec Hippocrate. Galien, médecin romain né en 129, la développe et la relie aux saisons et aux tempéraments. Pendant plus de 2 000 ans, on la tient pour vraie, et on saigne les malades.

Londres, 1854 : un médecin examine un plan du quartier à côté d’une pompe à eau en fonte.

Je fais une hypothèse

Le choléra de Broad Street (1854)

En 1854, à Londres, le choléra tue des centaines de personnes en quelques jours dans un même quartier. John Snow note sur un plan l’adresse de chaque mort : elles se regroupent autour d’une pompe à eau de la rue.

Je trie

Qu’est-ce qui a tenu ?

Les auteurs du Corpus hippocratique ont eu des idées justes et des idées fausses. Pour chacune, dis ce que la science en a fait.

Étape 6 · Éthique du médecin

Que promet un médecin ?

Le Serment est célèbre, mais son origine reste discutée. Voyons ce qu’il dit et ce qu’on lui fait dire.

6Réponds à la question
Un jeune élève, la main droite levée, face à un médecin plus âgé, dans la cour d’une maison de Cos.

Un texte court

Le Serment invoque d’abord Apollon, Asclépios, Hygie et Panacée. Il promet ensuite le respect envers son maître, des soins donnés pour le bien des malades, jamais de poison même demandé, et de garder secret ce qu’on apprend sur les patients.

Détail curieux : le médecin promet de ne pas opérer la « pierre » (le calcul de la vessie) et de laisser ce travail à ceux dont c’est le métier.

Une citation mal attribuée

« D’abord, ne pas nuire » (primum non nocere) n’est pas dans le Serment. Le plus proche, dans les Épidémies, dit « aider, ou du moins ne pas nuire » : ne pas nuire vient en second. On retrouve la formule latine seulement au XIXᵉ siècle : un livre anglais de 1860 l’attribue à un médecin du XVIIᵉ siècle, Thomas Sydenham.

Une question honnête

Qui a écrit le Serment ?

Bilan

Ce que tu as retrouvé.

1

Observer plutôt qu’invoquer

Des causes naturelles, étudiées en suivant le malade jour après jour.

2

Une théorie fausse, une méthode juste

Les quatre humeurs sont abandonnées ; la façon de chercher, vérifier et corriger reste.

3

Aider, ou du moins ne pas nuire

Le Serment est discuté ; l’idée d’une éthique du médecin reste.

Ton carnet

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