Des villages, un fleuve, des morts qu’on prépare.
Il y a plus de 5 000 ans, la vallée du Nil est un ruban vert au milieu du désert. Des villages de paysans y grandissent, échangent des objets rares et enterrent leurs morts avec des offrandes. Ce n’est pas encore l’Égypte des pharaons : pas de roi unique, pas de pyramides, et presque pas d’écriture. Et dans le monde, d’autres peuples commencent déjà à préserver les corps.
1Explore la friseLe monde avant, pas à pas
Je fais une hypothèse
Qui l’a embaumé ?
En 1900, le British Museum reçoit un corps de plus de 5 000 ans, avec sa peau, ses cheveux et même quelques mèches rousses. Ni bandelettes, ni cercueil doré, ni pyramide : on est des siècles avant les pharaons.
Un corps dans le sable.
À Gébélein, en Haute-Égypte, à une quarantaine de kilomètres au sud de Thèbes (Louxor), l’égyptologue britannique Wallis Budge fouille en 1896 des fosses peu profondes creusées dans le sable. Il en sort six corps conservés, parmi les premiers corps complets de l’époque prédynastique trouvés. Le British Museum les achète en 1900. Le premier, numéroté EA 32751, est exposé dès 1901, dans une reconstitution de sa fosse de sable.
2Examine les indicesAutour de toi
Ce que tu as sous les yeux
Tu es assis devant ta hutte, au bord de la vallée, un matin. Devant toi, trois groupes d’objets posés sur une natte. Clique sur chacun : observe-le, fais une hypothèse, vérifie.
En chiffres
Les indices
Ce que son corps raconte
Un corps conservé par le sable
Il est replié sur le côté, les genoux près du menton, comme la plupart des corps trouvés à Gébélein. Sa peau et ses cheveux sont encore là, avec quelques mèches rousses (d’où son surnom de « Ginger »). Il a été enterré dans une fosse peu profonde, dans le sable chaud et sec du bord du désert. Les spécialistes le décrivent comme une momie naturelle.
Une blessure dans le dos
Un scanner de 2012 montre une blessure profonde dans le haut du dos, à gauche : une lame étroite a traversé l’omoplate et cassé deux côtes. Aucune blessure de défense n’est visible : les spécialistes pensent qu’il a été attaqué par derrière. On ne sait ni par qui, ni pourquoi.
Des tatouages cachés
À l’œil nu, son bras porte une tache sombre. En 2018, l’imagerie infrarouge y fait apparaître deux animaux à cornes : un taureau et un mouflon à manchettes. Ce sont les plus anciens tatouages figuratifs connus, c’est-à-dire qui représentent des êtres réels. Ötzi, du même temps, a 61 tatouages, mais en traits et en croix.
Ceux qui l’ont trouvé et étudié
E. A. Wallis Budge, égyptologue du British Museum
Il fouille Gébélein en 1896 et ramène six corps à Londres. Ses notes sont courtes : on ne sait presque rien du contexte exact des tombes, et les poteries et les silex qui les accompagnaient n’ont pas été achetés. On ne sait pas où ils sont.
Daniel Antoine et Renée Friedman, archéologues
Daniel Antoine, conservateur au British Museum, et Renée Friedman, archéologue à Oxford, dirigent l’étude de 2018 (Journal of Archaeological Science) qui révèle les tatouages et date le corps au carbone 14.
Que ferais-tu ?
Tu es un habitant de la vallée du Nil, il y a plus de 5 000 ans. Trois décisions, des champs à la tombe. On ne connaît ni le nom ni la vie de l’homme de Gébélein : tout est reconstitué à partir des fouilles. À la fin, tu verras si ton village passe une bonne année.
3Prends les décisionsLes décisions
Que ferais-tu à la place de l’homme de Gébélein ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce que les fouilles montrent. Ce sont des reconstitutions : personne ne sait ce qui a vraiment été décidé.
Des momies sur quatre continents.
Suis les premières momies du monde, de la plus ancienne à la plus récente. Certaines sont voulues, d’autres non : l’homme de Gébélein est de celles que la nature a faites.
4Suis les traces sur la carteSur la carte
Les premières momies du monde
D’après l’UNESCO (Chinchorro, 2021), Jones et al. (PLOS ONE, 2014 ; Journal of Archaeological Science, 2018), le British Museum, le Museo Egizio de Turin, le musée d’archéologie du Tyrol du Sud et Wikipedia.
Momies du monde
Momie voulue ou pas voulue ?
Une momie, c’est un corps dont la peau et les chairs se sont conservées. Parfois, c’est voulu : des gens ont préparé le corps. Parfois non : le froid, le sable ou la sécheresse ont fait le travail tout seuls. Range chaque momie.
Une invention égyptienne ? Déjà l’Histoire ?
Deux idées répandues sur ces premiers corps. Que disent les spécialistes ?
5Démêle le vrai du fauxLégende ou réalité ?
Les pharaons ont-ils inventé la momie ?
Quand on dit « momie », on pense à l’Égypte, aux bandelettes et aux pharaons. Mais l’idée de préserver les morts est plus ancienne et plus répandue.
Où finit la Préhistoire ?
Ötzi : Préhistoire. Égypte : déjà l’Histoire ?
Ötzi et l’homme de Gébélein vivent à peu près en même temps. On lit parfois que l’Égypte « fait déjà partie de l’Histoire » à cette époque.
Ce qu’il en reste
Un corps, des tatouages, une blessure
Peau, cheveux, bras tatoué, côtes cassées : peu de corps de cette époque ont livré autant de détails. D’après l’étude de 2018, ses tatouages sont les plus anciens tatouages figuratifs connus.
Ce qu’on ne saura peut-être jamais
Son nom, sa langue, son métier, la raison de sa mort, le sens exact de ses tatouages : statut, force, protection ? Personne n’a écrit un mot sur lui, ni à côté de lui.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
6Ouvre les cinq anecdotesCe que tu retiens.
Un homme d’avant les pharaons
Il vit à l’époque de Nagada, avant l’unification de l’Égypte (vers −3100) et plus de cinq siècles avant les premières pyramides.
Une momie naturelle
Pas d’embaumeur : le sable chaud et sec a suffi. D’autres peuples, comme les Chinchorro du Chili, ont préparé leurs morts bien avant, et des Égyptiens l’ont fait aussi.
Un pont avec Ötzi
Même siècle, deux hommes tatoués, deux conservations involontaires (le sable, la glace) : et une frontière, l’écriture, qui naît à Uruk et à Abydos pendant qu’il n’y en a pas dans les Alpes.
Ton carnet
Prendre la place d’un autre.
Huit vies, de Toumaï à l’homme de Gébélein. Tous les premiers humains
