Une Europe déjà habitée.
Notre espèce naît en Afrique, il y a environ 300 000 ans. Quand les premiers Sapiens arrivent en Europe, vers 45 000 ans, le continent est froid, ouvert comme une steppe, et les Néandertaliens y vivent déjà. Une quinzaine de milliers d’années plus tard, des Sapiens déposent leurs morts sous un abri de la Dordogne.
1Explore la friseLe monde avant, pas à pas
Je fais une hypothèse
Une Europe pour deux
Vers −45 000, des Sapiens arrivent en Europe, où vivent des Néandertaliens depuis très longtemps. Vers −40 000, il ne reste que des Sapiens.
Un abri sous la falaise.
Les Eyzies-de-Tayac, en Dordogne, sont adossés à de hautes falaises de calcaire creusées d’abris. À la fin de mars 1868, des ouvriers qui prélèvent de la pierre au pied de la falaise sortent des os humains, des silex et des coquillages. Leur entrepreneur arrête le chantier et prévient le préhistorien Édouard Lartet, qui envoie son fils Louis.
2Examine les indicesAutour de toi
Sous l’abri, face à la vallée
Tu es assis sous un abri de falaise, face à la vallée de la Vézère, il y a environ 30 000 ans. Devant toi, trois choses à observer : la voûte de l’abri, un collier, des bois de renne. Clique sur chacune : observe, fais une hypothèse, vérifie.
En chiffres
Les indices
Ce que les os et les objets racontent
Les os
Cro-Magnon 1, le « Vieillard », est un homme de 40 à 50 ans : le surnom est trompeur. Son squelette est grand et robuste, son front haut et droit, son menton marqué : ce sont les traits d’un Homo sapiens. Son crâne porte une grosse lésion au front ; une maladie rare, la neurofibromatose, a été proposée en 2018, mais les spécialistes en discutent. Un crâne décrit depuis le 19e siècle comme celui d’une femme porte une blessure faite par un choc, de son vivant : d’après une étude de 2023, elle n’aurait survécu que peu de temps.
Les parures et l’ocre
Environ 300 coquillages marins percés, surtout des bigorneaux de l’Atlantique, et trois pendentifs en ivoire de mammouth : de quoi faire des colliers ou orner des vêtements. Les os sont teintés d’ocre rouge. On ne sait pas comment ces parures étaient portées, ni si l’ocre servait aux vivants, aux morts, ou aux deux.
Un coquillage pour dater
Les os n’ont presque plus de collagène : 14 essais de datation ont échoué. Mais un bigorneau percé, trouvé avec les corps, a pu être daté par le carbone 14 : 27 680 ans avant le présent (fixé à 1950), à 270 ans près. Une fois corrigé par la courbe de calibration, cela donne 31 000 à 32 700 ans. Ces coquillages usés par la mer n’étaient pas fossiles : leur âge est donc proche de celui de la parure, et sans doute des corps. C’est une hypothèse.
Ceux qui l’ont trouvé et étudié
François Berthoumeyrou, entrepreneur
Il dirige le chantier de 1868. Quand ses ouvriers sortent des os de la terre, il arrête les travaux et prévient les savants : sans ce réflexe, les squelettes auraient pu disparaître sous les pioches. Une plaque sur place le crédite de la découverte.
Louis Lartet, géologue
Fils du préhistorien Édouard Lartet, il a 27 ans en 1868. La première fouille dure une quinzaine de jours. Il présente la découverte à Paris le 16 avril, puis publie. Il enseignera ensuite la géologie à l’université de Toulouse.
Que ferais-tu ?
Tu es un Sapiens de la vallée de la Vézère, il y a plus de 30 000 ans. Trois décisions, du premier abri aux échanges avec les voisins. On ne connaît ni le nom ni les paroles de ces gens : tout est reconstitué à partir des fouilles. À la fin, tu verras si ton groupe passe l’hiver.
3Prends les décisionsLes décisions
Que ferais-tu à la place de l’homme de Cro-Magnon ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce que les fouilles montrent. Ce sont des reconstitutions : personne ne sait ce qui a vraiment été décidé.
Du Maroc à la Dordogne.
Suis les sites qui racontent l’arrivée des Sapiens en Europe, du plus ancien au plus récent. Chaque point est un lieu de fouille.
4Suis les traces sur la carteSur la carte
Les lieux de Cro-Magnon et des premiers Sapiens d’Europe
D’après Hublin et al. (2017), Slimak et al. (2022), Fewlass et al. (2020), Mylopotamitaki et al. (2024), Fu et al. (2015), Quiles et al. (2016), Henry-Gambier (2002, 2013) et le ministère de la Culture.
Une espèce à part ? Un homme des cavernes ?
Deux idées répandues sur Cro-Magnon. Que disent les spécialistes ?
5Démêle le vrai du fauxLégende ou réalité ?
Cro-Magnon, une espèce à part ?
On entend souvent que Cro-Magnon est une autre espèce que nous, entre Néandertal et l’homme actuel. Au 19e siècle, on parlait même d’une « race de Cro-Magnon ».
Un homme des cavernes ?
L’homme des cavernes ?
On imagine Cro-Magnon vivant au fond d’une caverne, dans le noir, à côté de ses peintures.
Ce qu’il en reste
Où sont-ils aujourd’hui ?
Les restes humains sont conservés à Paris, au Musée de l’Homme ; des objets sont à Saint-Germain-en-Laye, aux Eyzies, à Périgueux et à Bordeaux. L’abri, inscrit à l’UNESCO en 1979 avec la vallée de la Vézère, a été racheté par l’État en 2024, puis confié en 2025 au Centre des monuments nationaux.
Ce qu’on ne sait pas
On ne sait pas combien de personnes reposaient là : les ouvriers parlent de 15 squelettes, Lartet en garde 5, une étude récente en trouve au moins 8. On ne sait pas non plus s’il s’agit d’une tombe ou d’un dépôt, ni ce que signifiaient l’ocre et les coquillages. La fouille de 1868 a mélangé les couches : deux harpons bien plus récents, dessinés par erreur avec la trouvaille, ont été corrigés ensuite par un erratum.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
6Ouvre les cinq anecdotesCe que tu retiens.
Un nom de lieu
Cro-Magnon est d’abord un abri des Eyzies, devenu le nom des premiers Sapiens d’Europe.
Des humains comme nous
Anatomie moderne, parures, ivoire sculpté, flûtes, grottes peintes : les Sapiens de l’époque ont rencontré les Néandertaliens et leur ont survécu.
Une enquête qui continue
Âge corrigé, nombre d’individus revu, tombe discutée : 150 ans après, les os de 1868 livrent encore des surprises.
Ton carnet
Prendre la place d’un autre.
Huit vies, de Toumaï à l’homme de Gébélein. Tous les premiers humains
