Tessera Lettres & Philo
Dans la librairie de la tour de son château du Périgord, vers 1580, Montaigne, 47 ans, cheveux mi-longs grisonnants, moustache et barbe courte, assis près d’une fenêtre étroite, relit un feuillet ; à gauche, une pièce ronde voûtée, ses livres sur des étagères de bois et la lumière dorée d’un soir d’automne.
Littérature · 1533 – 1592

Montaigne, l’homme qui s’est pris pour sujet.

À 6 ans, il ne parle que latin. À 38 ans, il s’enferme avec ses livres dans la tour de son château. Il y écrit les Essais, un livre où l’auteur est le sujet : « je suis moi-même la matière de mon livre ».

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Portrait de Michel de Montaigne
Michel de Montaigne, lithographie d’Antoine Maurin d’après François-Séraphin Delpech, XIXe siècle (domaine public).
Carte d’identité

Michel de Montaigne 1533-1592

Né et mort au château de Montaigne (Périgord)

HumanismeEssaiLittérature d’idéesDoute
  • Il naît en 1533 au château de Montaigne, en Périgord. Son précepteur ne lui parle qu’en latin.
  • Magistrat à Bordeaux pendant treize ans, il perd en 1563 son ami Étienne de La Boétie.
  • Le 28 février 1571, à 38 ans, il se retire dans la tour de son château pour lire et écrire.
  • Les Essais paraissent en 1580 (livres I et II), puis en 1588 avec le livre III. Il voyage en Italie en 1580-1581, puis est maire de Bordeaux de 1581 à 1585.
  • Il meurt le 13 septembre 1592, à 59 ans. Marie de Gournay prépare l’édition posthume de 1595.
Œuvres majeures
  • Essais, livres I et II1580 · essai
  • Essais, avec le livre III1588 · essai
  • Essais, édition posthume1595 · essai
  • Journal de voyage en Italie1774 · récit
Étape 1 · 1533-1580

Un Périgourdin entre deux feux.

Montaigne naît sous François Ier et meurt sous Henri IV. Presque toute sa vie d’adulte se passe pendant les guerres de religion, entre catholiques et protestants. Il choisit de ne pas se ranger dans un camp, mais d’observer, de douter et de comprendre.

1Explore la frise

Comment cette œuvre est-elle née ?

Je fais une hypothèse

Un livre sur soi

En 1580, la plupart des livres parlent de Dieu, du roi, de l’histoire ou de la morale. Montaigne, lui, ouvre le sien par un avertissement : il y a peint un seul sujet, lui-même. Il prévient même le lecteur que ce sujet est « frivole » et « vain ».

Étape 2 · Le labo

Qui est le plus barbare ?

Manipule d’abord, comprends ensuite.

2Trie les coutumes

Barbare, vraiment ?

Montaigne a écouté un homme simple qui a vécu une dizaine d’années au Brésil, et il a rencontré trois « Cannibales » à Rouen. Pour chaque carte, dis si la coutume se trouve chez les Cannibales (d’après Montaigne), en France au temps des guerres de religion, ou dans les deux.

Étape 3 · L’œuvre

Un livre qui se cherche en se faisant.

Au programme de première, la littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle fait une grande place aux Essais. « Des cannibales » et « Des coches » ont été proposés avec le parcours « Notre monde vient d’en trouver un autre ». Un essai, ici, c’est un test : Montaigne essaie son jugement sur tous les sujets, de l’amitié à l’éducation, de la mort aux peuples d’Amérique.

3Découvre les œuvres clés

En chiffres

107 chapitresrépartis en trois livres, des plus courts (quelques lignes) aux plus longs
17 moisde voyage en Italie, de 1580 à 1581, dont cinq mois à Rome
4 ansà la tête de la ville de Bordeaux, de 1581 à 1585
1774année de la publication du Journal de voyage, retrouvé dans un coffre du château

À retenir

Les œuvres clés

« Au lecteur » (1580)

Une page d’avertissement, placée avant le premier chapitre. Montaigne y promet un livre « de bonne foi » et un autoportrait fidèle : il veut qu’on le voie dans sa façon « simple, naturelle et ordinaire ». Il n’écrit ni pour la gloire ni pour le roi. Comme un journal intime que tu aurais décidé de publier, mais avec un lecteur à qui tu dis tout de suite à quoi t’attendre.

« Des cannibales » (I, 31)

Montaigne s’appuie sur le récit d’un homme simple qui a vécu une dizaine d’années au Brésil, et sur la visite de trois « Cannibales » à Rouen. Il dit que ces peuples sont « barbares » seulement par rapport à nos usages, et que les Européens, qui torturent au nom de la religion, sont plus barbares encore. Aujourd’hui, c’est le réflexe à avoir quand on juge une culture « bizarre » : bizarre par rapport à quoi ?

« De l’institution des enfants » (I, 26)

Une lettre sur l’éducation d’un enfant. Montaigne veut un maître qui ait « la tête bien faite » plutôt que « bien pleine » : comprendre et juger plutôt que réciter. Il compare l’élève à l’abeille, qui butine les fleurs et en fait son propre miel. Pense à la différence entre apprendre ses fiches par cœur la veille d’un contrôle et comprendre un cours.

Autour de lui

Étienne de La Boétie, ami

Magistrat comme lui, poète, auteur à 18 ans environ du Discours de la servitude volontaire, un texte sur le pouvoir des tyrans, qui n’existent que parce qu’on leur obéit. Montaigne le rencontre vers 1558 et le perd en 1563. Il consacre à cette amitié le chapitre I, 28, « De l’amitié ».

Marie de Gournay, fille d’alliance

Jeune lectrice de Montaigne, qu’il rencontre à Paris en 1588 et qu’il appelle sa fille adoptive. Après sa mort, elle prépare l’édition des Essais de 1595, la première posthume, et la défend pendant des années.

Étape 4 · Son école

L’humanisme : former le jugement.

Montaigne est un humaniste : il lit les Anciens (Plutarque, Sénèque, les sceptiques grecs) pour apprendre à penser par lui-même, pas pour les recopier. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.

4Découvre son école

L’humanisme en France, XVIe siècle

Quatre combats

L’école

ContreUne tête « bien pleine » : apprendre par cœur et réciter ce qu’on a appris.

PourUne tête « bien faite » : comprendre, comparer, juger, faire siennes les idées, comme l’abeille fait son miel.

Les Anciens

ContreCiter les auteurs de l’Antiquité comme des autorités qu’on ne discute pas.

PourLes lire pour penser avec eux, et parfois contre eux : on cite pour réfléchir, pas pour se cacher derrière.

Le savoir

ContreLes certitudes toutes faites, que les puissants et les savants imposent.

PourLe doute qui cherche : « Que sais-je ? »

Les autres peuples

ContreJuger les autres selon nos usages et les traiter de « barbares ».

PourComparer et relativiser : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ».

Sa famille littéraire

Avant, avec, après lui

Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Montaigne.

Ceux qui l’ont inspiré

Ses compagnons de route

Ses héritiers

Dans la frise des courants

À toi

Tête bien pleine ou tête bien faite ? Trie ces quatre idées.

Étape 5 · Lire de près

L’atelier du bac : comment Montaigne écrit.

Trois extraits des Essais, en français modernisé. Touche un passage surligné, devine le procédé, puis découvre l’effet qu’il produit. C’est exactement ce qu’on attend de toi dans un commentaire : repérer, nommer, interpréter.

5Lis de près

Repérer, nommer, interpréter

Ce qui le distingue

Sa signature

Le moi comme sujet

Montaigne se peint : humeurs, habitudes, contradictions. « C’est moi que je peins » : l’autoportrait devient une façon de comprendre l’être humain.

Un texte qui se promène

Les Essais passent d’une idée à une autre, avec des digressions, des citations et des ajouts à chaque édition. Le texte ressemble à une pensée qui avance.

Des images concrètes

L’abeille qui fait son miel, la tête bien faite, la « mire » qui sert à viser : Montaigne explique avec des images que tout le monde comprend.

L’ironie douce

Il retourne les mots et fait sourire avant de faire réfléchir : la chute des hauts-de-chausses ou le « sujet si frivole et si vain ».

Étape 6 · À ta place

Que ferais-tu ?

Tu es Montaigne. Trois décisions où ta liberté, ton devoir et ton goût du doute ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent le choix le plus cohérent avec sa pensée et sa situation, pas forcément celui qu’il a vraiment fait.

6Prends les décisions

Le conseil

Que ferais-tu à la place de Montaigne ?

Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.

Étape 7 · Une vie sur la carte

Du Périgord à Rome, et retour.

Château, Bordeaux, Rouen, Rome, Paris : suis Montaigne, qui voyage et revient toujours à sa tour.

7Suis le parcours sur la carte

Sur la carte

Les lieux de la vie de Montaigne

D’après Wikipédia (« Michel de Montaigne », « Château de Montaigne ») ; Montaigne, Essais et Journal de voyage en Italie (publié en 1774) ; ressources Eduscol sur Montaigne.

Étape 8 · Le mythe Montaigne

Montaigne, entre faits et légendes.

On résume souvent Montaigne en deux slogans : « Que sais-je ? » et « le bon sauvage ». Regarde de plus près.

8Démêle le vrai du faux

Que sais-je ?

Un sceptique qui ne croit à rien ?

Sa devise est une question : « Que sais-je ? ». Beaucoup en concluent qu’il doute de tout et ne fait rien.

Un âge d’or ?

Le « bon sauvage » avant l’heure ?

On dit parfois que Montaigne rêve d’un retour à la nature et que les « Cannibales » sont pour lui un paradis perdu.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

La tour, presque intacte

La librairie de Montaigne est au troisième étage d’une tour : une chapelle au premier étage, une chambre au deuxième, puis la bibliothèque au troisième, avec des livres sur des pupitres à cinq niveaux. Des sentences en latin sont gravées sur les poutres du plafond. La tour est restée presque inchangée depuis le XVIe siècle.

Un livre jamais fini

Après l’édition de 1588, Montaigne continue de corriger et d’ajouter des passages dans les marges de son propre exemplaire, conservé aujourd’hui à Bordeaux. Les éditeurs modernes s’en servent comme texte de référence. Il écrit presque jusqu’à sa mort.

Étape 9 · Les coulisses

Cinq histoires vraies (ou presque).

Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.

9Ouvre les cinq anecdotes
Pour le bac de français

Ce qu’il faut avoir en tête.

Des citations à placer dans une dissertation, et des pistes pour un commentaire.

Citations à connaître

« Je suis moi-même la matière de mon livre. »

« Au lecteur », Essais, 1580

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »

Essais, I, 31, « Des cannibales »

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Essais, I, 28, « De l’amitié »

« Plutôt la tête bien faite que bien pleine. »

Essais, I, 26, « De l’institution des enfants »

Pistes de commentaire

Commentaire : « Au lecteur »

Étudie le pacte de lecture : l’adresse au lecteur, la sincérité (« de bonne foi »), le projet d’autoportrait et la fausse modestie. Question possible : comment Montaigne justifie-t-il d’écrire sur lui-même ?

Commentaire : « Des cannibales »

Repère la maxime, la concession (« donc bien »), le renversement du mot « barbare » et la chute ironique des hauts-de-chausses. Ces deux textes ont été étudiés en première dans l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle », avec le parcours « Notre monde vient d’en trouver un autre » (« Des cannibales » et « Des coches »). Vérifie le programme de ton année.

Dissertation : le regard étranger

Sujets possibles : « Le regard d’un étranger permet-il de mieux comprendre sa propre société ? », « Peut-on parler de soi pour parler de tous ? ». Appuie-toi sur « Des cannibales », sur « Au lecteur » et sur la maxime « chacun appelle barbarie… ». Pour une explication de texte, pars toujours du passage : repère, nomme, interprète.

Bonus

Briller en société.

Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.

« Que sais-je ? »

La devise de Montaigne, dans l’« Apologie de Raimond Sebond » (II, 12). Elle veut dire : avant de décider que je sais, je vérifie. Aujourd’hui, tu peux la sortir quand on te demande ton avis sur un sujet que tu connais mal : « Honnêtement ? Que sais-je ? »

« Une tête bien faite plutôt que bien pleine »

Une phrase de « De l’institution des enfants » (I, 26) : mieux vaut comprendre et juger que tout retenir. Tu peux l’employer quand quelqu’un récite sans comprendre, ou quand on te demande de juger un élève sur sa mémoire plutôt que sur sa réflexion.

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi »

La phrase de « De l’amitié » (I, 28) pour dire pourquoi il aimait La Boétie : une amitié ne s’explique pas par des raisons. On l’emploie pour dire qu’on ne sait pas pourquoi on aime, simplement parce que c’est lui, ou elle.

Bilan

Ce que tu retiens.

1

Le moi comme sujet

Dans les Essais, Montaigne se peint pour comprendre l’être humain : humeurs, habitudes, contradictions.

2

Le doute qui cherche

« Que sais-je ? » : se méfier de ses certitudes. « Des cannibales » : chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.

3

La tête bien faite

Éduquer, c’est former le jugement, pas remplir la mémoire. L’abeille qui fait son miel.

Ton carnet

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    Continue le voyage.

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