Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
La condition naturelle des hommesLéviathan, première partie, chapitre XIIITu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

Thomas Hobbes 1588-1679
Né à Westport (Malmesbury), mort à Hardwick Hall
- Il naît le 5 avril 1588 à Westport, près de Malmesbury, et dira que sa mère a accouché dans la peur de l’Armada.
- Diplômé d’Oxford en 1608, il devient précepteur chez les Cavendish et travaille pour cette famille presque toute sa vie.
- Il fuit la guerre civile qui vient et vit en France de 1640 à 1651, où il publie De Cive (1642).
- Le Léviathan paraît à Londres en 1651 ; Hobbes rentre en Angleterre à la fin de cette année-là.
- Visé en 1666 par une enquête parlementaire, il meurt à 91 ans, le 4 décembre 1679, à Hardwick Hall.
- Traduction de Thucydide1629 · traduction
- De Cive1642 · politique
- Léviathan1651 · politique
- Behemothfin des années 1660 · histoire
- Iliade et Odyssée (traduction)années 1670 · traduction
Un enfant de la peur, un siècle de guerres.
Hobbes naît dans un village du Wiltshire, étudie à Oxford, puis vit auprès d’une grande famille. À 52 ans, il fuit l’Angleterre à la veille de la guerre civile. Ce qu’il voit pendant ces années nourrit sa grande question : qu’est-ce qui tient une société debout ?
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Une naissance sous la menace
Westport, près de Malmesbury, 5 avril 1588. L’Angleterre craint une invasion : le roi d’Espagne Philippe II prépare l’Invincible Armada. Hobbes, devenu un très vieil homme, racontera sa naissance dans une autobiographie en vers latins.
Que cèdes-tu, que gardes-tu ?
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Place le curseurLe curseur du contrat
Imagine que tu signes le contrat de Hobbes. Pour chaque situation, place le curseur : à gauche, tu gardes la décision ; à droite, tu la confies au souverain. Hobbes a une réponse précise à chaque fois. Essaie de la trouver.
Pourquoi obéit-on ? Trois pas pour le comprendre.
Hobbes raisonne comme un géomètre. Il imagine d’abord des hommes sans aucun pouvoir au-dessus d’eux (l’état de nature), puis il cherche ce qui les pousserait à en sortir. Son livre le plus célèbre, le Léviathan (1651), répond : un contrat qui crée un souverain.
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
L’état de nature : tous égaux, donc tous en danger
Hobbes imagine des hommes sans État, sans police et sans tribunal : c’est l’état de nature. C’est d’abord une expérience de pensée, qu’il rapproche de la guerre civile qu’il vit. Les hommes y sont à peu près égaux, car même le plus faible peut tuer le plus fort, par ruse ou en s’alliant. Chacun peut donc craindre chacun, et le plus sûr est d’attaquer le premier. Exemple : un serveur de jeu en ligne sans modérateur ni règles. Si tu ne frappes pas le premier, un autre le fera : la méfiance suffit à déclencher la guerre de tous contre tous. Notions : la nature, la liberté. Repère : en fait / en droit (chacun a droit à tout, mais en fait personne n’est en sécurité).
Le contrat : de la liberté contre de la sécurité
Pour sortir de cet état, la raison conseille de chercher la paix. Chacun renonce à son droit sur toutes choses, à condition que les autres fassent de même, et confie son pouvoir à un souverain : un homme ou une assemblée. Ce souverain doit avoir de la force, car un contrat que rien ne fait respecter n’est que des paroles. La justice naît avec lui : être juste, c’est tenir sa parole, et sans pouvoir commun il n’y a ni loi, ni injustice. Exemple : tu acceptes les contrôles à l’entrée d’un concert ou d’un aéroport, car tu cèdes un peu de liberté pour être en sécurité. Notions : l’État, la justice. Repères : légal / légitime, obligation / contrainte.
Ce que ça coûte : une liberté réduite
Le souverain de Hobbes est absolu : il fait les lois, juge, décide de la paix et de la guerre, et son pouvoir ne doit pas être partagé, sinon la guerre civile revient. La liberté du sujet se réduit à ce que la loi ne règle pas : acheter, vendre, choisir son métier ou son lieu de vie. Mais un droit ne se cède jamais : défendre sa vie. Et l’obéissance dure tant que le souverain protège. Exemple : tu acceptes le règlement du lycée et ses sanctions, mais personne ne peut te demander de te laisser frapper sans réagir. Notions : l’État, la liberté. Repères : obligation / contrainte, légal / légitime.
Autour de lui
William Cavendish, l’élève devenu protecteur
En 1608, Hobbes devient le précepteur de William Cavendish (1590-1628), futur deuxième comte de Devonshire. Il travaille ensuite pour la famille Cavendish presque toute sa vie, et il meurt dans l’un de ses domaines, Hardwick Hall.
Charles, prince de Galles, l’élève en exil
Fils du roi Charles Ier, Charles (1630-1685) est réfugié en France pendant la guerre civile. Vers 1647-1648, Hobbes lui enseigne les mathématiques. Devenu roi après la Restauration de 1660, Charles II verse une pension de 100 livres à son ancien professeur.
Le contrat social : l’État naît d’un accord entre les hommes.
Hobbes ne pense pas à l’ancienne, avec un État voulu par la nature ou par Dieu. Il pense l’être humain comme un corps en mouvement, guidé par la peur et le désir de se conserver. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleLe matérialisme et le contrat social, XVIIe siècle
Quatre combats
L’être humain
ContreUn animal fait par nature pour vivre en cité, comme le pense Aristote : on rechercherait les autres par instinct.
PourUn être qui cherche d’abord à se conserver et qui se méfie des autres : on s’associe par intérêt et par peur, pas par instinct.
Le pouvoir
ContreUn roi qui tient son pouvoir de Dieu, ou un pouvoir partagé entre le roi, le Parlement et l’Église, qui mène à la guerre civile.
PourUn pouvoir créé par un contrat entre les hommes : un souverain unique, au pouvoir indivisible, qui assure la paix.
La justice
ContreUne justice inscrite dans la nature, qui existerait avant tout contrat et tout pouvoir.
PourÊtre juste, c’est respecter les contrats. Sans pouvoir commun pour les faire respecter, il n’y a ni juste ni injuste.
La liberté
ContreLa liberté comme pouvoir de tout faire, ou comme part prise au pouvoir, à la manière des cités antiques.
PourLa liberté, c’est l’absence d’obstacles à ton action. Sous un souverain, tu restes libre là où la loi se tait.
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Hobbes.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et rivaux
Ses héritiers
Dans la frise des courants
À toi
Hobbes ou Rousseau ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Hobbes argumente.
Trois extraits de Hobbes : deux dans la traduction française de Samuel Sorbière (1649), le troisième dans une traduction libre du Léviathan, écrit en anglais. Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. En explication de texte comme en dissertation, on attend de toi la même chose : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
Raisonner comme un géomètre
Hobbes pose des définitions, puis en déduit des conséquences, étape par étape. Dans l’extrait sur l’égalité, tout vient de la définition : être égaux, c’est pouvoir des choses égales.
Une expérience de pensée
Il enlève l’État par l’imagination : que se passe-t-il s’il n’y a plus de pouvoir commun ? C’est l’état de nature, une hypothèse qui sert à comprendre pourquoi on a besoin de l’État. Repère : en fait / en droit.
Des formules qui frappent
Le loup et le dieu, la guerre de tous contre tous, une vie solitaire, pauvre, pénible, brutale et brève : Hobbes écrit des phrases qu’on retient, avec des accumulations et des chutes.
L’image du corps
Dans l’introduction du Léviathan, il compare l’État à un grand corps artificiel, fabriqué par les hommes. Cette image se retrouve sur la gravure qui ouvre le livre.
Que ferais-tu ?
Tu es Hobbes. Trois décisions où la peur, la loyauté et la liberté de penser ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée, pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Hobbes ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
Un homme qui fuit, une idée qui reste.
Hobbes a vécu entre le Wiltshire, Oxford, les domaines des Cavendish, Paris et Londres. Suis ses déplacements : chaque lieu correspond à un moment de sa pensée.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la vie de Thomas Hobbes
D’après Wikipédia (« Thomas Hobbes », « Leviathan (Hobbes book) »), la Stanford Encyclopedia of Philosophy (« Hobbes ») et la National Portrait Gallery (Londres) ; positions des lieux : centre des villes et des domaines actuels.
Hobbes, entre faits et légendes.
On l’imagine en théoricien de la dictature, qui pense que l’homme est un loup. La réalité est plus nuancée : lis ce qu’il écrit vraiment.
8Démêle le vrai du fauxLe loup
Hobbes a-t-il inventé « l’homme est un loup pour l’homme » ?
On cite souvent cette phrase comme la devise de Hobbes. Pourtant, dans l’épître dédicatoire de De Cive, on trouve autre chose.
Le pouvoir absolu
Le souverain de Hobbes a-t-il tous les droits ?
Hobbes veut un souverain très fort, dont le pouvoir ne soit pas partagé. On en conclut souvent qu’il défend une dictature où le sujet n’a plus aucun droit.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Pourquoi « Léviathan » ?
Le Léviathan est un monstre marin de la Bible, décrit dans le livre de Job. Hobbes en fait l’image de l’État : un pouvoir immense, fabriqué par les hommes pour les protéger. Sur la gravure qui ouvre le livre, une phrase latine tirée de Job dit qu’aucun pouvoir sur terre ne lui est comparable : « Non est potestas super terram quae comparetur ei ». Le titre complet, en anglais, annonce la matière, la forme et la puissance d’un État (« commonwealth ») ecclésiastique et civil. Le livre a quatre parties : l’homme, l’État, l’État chrétien et le « royaume des ténèbres ».
Un philosophe actif jusqu’au bout
Hobbes vit très vieux pour son époque : il meurt à 91 ans. À la fin des années 1660, il écrit Behemoth, une histoire des guerres civiles qu’il a connues (elle ne paraît officiellement qu’après sa mort), et il traduit l’Iliade et l’Odyssée dans les années 1670. Il est enterré à Ault Hucknall, tout près de Hardwick Hall, dans le Derbyshire.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
Tous les hommes donc sont naturellement égaux.
Le Citoyen (De Cive), ch. I, § 3, trad. Sorbière (1649)
Le premier fondement du droit de la nature est que chacun conserve, autant qu’il peut, ses membres et sa vie.
Le Citoyen (De Cive), ch. I, § 7, trad. Sorbière (1649)
L’état naturel des hommes, avant qu’ils eussent formé des sociétés, était une guerre perpétuelle, et non seulement cela, mais une guerre de tous contre tous.
Le Citoyen (De Cive), ch. I, § 13, trad. Sorbière (1649)
La vie de l’homme, solitaire, pauvre, pénible, brutale et brève.
Léviathan, première partie, ch. XIII, traduction libre
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · l’État
Sujets possibles : « L’État est-il nécessaire ? », « Obéit-on à l’État par peur ou par devoir ? », « Un État puissant est-il un danger pour ses citoyens ? ». Idées de Hobbes à mobiliser : l’état de nature (la guerre de tous contre tous), la peur de la mort violente, le contrat et le souverain, le pouvoir indivisible, le droit de défendre sa vie qui reste au sujet. Prévois une objection : un pouvoir absolu est-il moins dangereux que le désordre ? (Locke répond que non ; Rousseau fait du peuple lui-même le souverain.) Repères : légal / légitime, obligation / contrainte, en fait / en droit. Notions : l’État, la liberté.
Dissertation · la justice, la liberté, la nature
Sujets possibles : « La justice peut-elle se passer de la force ? », « Faut-il sacrifier une part de sa liberté à sa sécurité ? », « L’homme est-il naturellement un être social ? ». Idées de Hobbes : être juste, c’est respecter les contrats, et sans pouvoir commun il n’y a ni juste ni injuste ; la liberté comme absence d’obstacles, qui subsiste là où la loi se tait ; on ne s’associe pas par instinct, mais par intérêt et par peur (De Cive, I, 2). Prévois une objection : si la justice dépend de la loi du souverain, que reste-t-il de la différence entre légal et légitime ? Repères : en fait / en droit, légal / légitime, origine / fondement. Notions : la justice, la liberté, la nature.
Explication de texte · la condition naturelle des hommes
Dans le Léviathan, première partie, chapitre XIII, relève la thèse (sans pouvoir commun, c’est la guerre de chacun contre chacun), l’enchaînement des conséquences (sans sécurité, pas de travail, pas d’arts, pas de société), la peur de la mort violente et la chute : « solitaire, pauvre, pénible, brutale et brève » (traduction libre). Explique « industrie » et « société ». Pense à discuter : Hobbes décrit-il un fait historique ou une hypothèse de raisonnement ? Rousseau lui reproche d’avoir prêté à l’homme naturel les défauts de l’homme social. Notions : la nature, l’État. Repères : en fait / en droit, origine / fondement.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« L’homme est un loup pour l’homme »
Formule latine ancienne, que l’on trouve chez Plaute. Hobbes la reprend dans l’épître dédicatoire de De Cive, mais il écrit aussi que l’homme est un dieu pour l’homme. Pour briller : « Hobbes n’a pas inventé le loup ; pour lui, tout dépend de la présence d’un pouvoir commun. »
« La guerre de tous contre tous »
Dans De Cive (ch. I), Hobbes appelle ainsi l’état des hommes sans pouvoir commun. Dans la langue courante, on le dit d’un groupe où chacun se méfie des autres : « Sans modérateur, ce forum, c’est la guerre de tous contre tous. »
« Un Léviathan »
Hobbes emprunte à la Bible ce monstre marin pour en faire l’image de l’État. Dans la langue courante, on dit d’un pouvoir énorme et envahissant que c’est un Léviathan : « L’administration, c’est un vrai Léviathan. » Pour Hobbes, ce monstre est surtout un protecteur.
Ce que tu retiens.
L’état de nature
Sans pouvoir commun, tous sont égaux et se méfient : c’est la guerre de tous contre tous, et la vie est menacée.
Le contrat
Par peur de la mort violente et par raison, les hommes cèdent leur pouvoir à un souverain : ils échangent de la liberté contre de la sécurité.
Le prix à payer
Un souverain absolu, mais qui existe pour protéger : le sujet garde le droit de défendre sa vie. Le débat reste ouvert : légal ou légitime ?
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Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
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