Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
Le marchand honnêteFondements de la métaphysique des mœurs, section ITu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

Emmanuel Kant 1724-1804
Né et mort à Königsberg
- Il naît en 1724 à Königsberg, en Prusse-Orientale, dans la famille d’un sellier.
- Il entre à l’université à 16 ans et devient professeur titulaire en 1770, après quinze ans d’enseignement sans chaire.
- Il n’a presque jamais quitté sa région et ne s’est jamais marié.
- Réveillé de son « sommeil dogmatique » par Hume, il publie la Critique de la raison pure en 1781.
- Il meurt à Königsberg le 12 février 1804, à 79 ans.
- Critique de la raison pure1781 · philosophie
- Qu’est-ce que les Lumières ?1784 · essai
- Fondements de la métaphysique des mœurs1785 · morale
- Critique de la raison pratique1788 · morale
- Vers la paix perpétuelle1795 · politique
Un fils de sellier, un grand projet.
Kant naît dans un port de la Baltique, dans une famille modeste. Il y étudie, y enseigne et y meurt, sans presque jamais voyager. Pendant ce temps, sa pensée, elle, parcourt toute l’Europe.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Une promenade manquée
Königsberg, 1762. Kant a 38 ans et des habitudes si régulières que, selon la tradition, ses voisins règlent leur montre sur sa promenade. Un jour pourtant, il ne sort pas à l’heure.
Trois sortes de règles.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Fais le testLe test de la loi universelle
Kant sépare les règles qui dépendent d’un but (« si tu veux… ») du devoir, qui vaut sans condition. Pour chaque situation, choisis la bonne case : demande-toi d’abord « et si tout le monde faisait pareil ? »
Trois questions, une seule boussole.
Kant résume sa philosophie en trois questions : que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que m’est-il permis d’espérer ? Aux deux premières répondent ses deux grandes Critiques : celle de la raison pure (1781) et celle de la raison pratique (1788).
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
La raison a des limites (1781)
Avant Kant, on pensait que l’esprit se contente de copier les choses. Kant fait l’inverse, comme Copernic : c’est l’esprit qui met en forme ce qu’il reçoit, avec l’espace, le temps et la causalité. Exemple : tu ne vois jamais le monde « tel qu’il est », mais tel que tes yeux et ton cerveau peuvent le recevoir, comme une photo dépend du capteur. Conséquence : on connaît des phénomènes, jamais les choses en soi, et la raison ne peut rien prouver sur Dieu ou sur l’âme. Notions : la raison, la vérité. Repère : croire / savoir.
Agir par devoir (1785)
Pour Kant, la seule chose bonne sans condition, c’est une bonne volonté : faire son devoir parce que c’est un devoir, pas par intérêt. Un marchand honnête pour garder ses clients agit conformément au devoir, mais pas par devoir. Le test : peux-tu vouloir que ta maxime devienne une loi universelle ? Si tout le monde faisait de fausses promesses, plus personne ne croirait aux promesses. Notions : le devoir, la liberté. Repères : obligation / contrainte, formel / matériel.
Penser par soi-même (1784)
Kant appelle tutelle (ou minorité, selon les traductions) l’état de celui qui laisse les autres penser à sa place, par paresse ou par lâcheté. Pour en sortir, il reprend la devise latine « Sapere aude ». Exemple : recopier une solution trouvée en ligne sans l’essayer, ou répéter l’avis d’un influenceur sans l’examiner. Mais penser par soi-même ne veut pas dire n’obéir à personne : Kant veut qu’on puisse discuter librement en public, tout en obéissant dans sa fonction. Notions : la liberté, la raison.
Autour de lui
Martin Knutzen, le professeur
Professeur de logique et de métaphysique à l’université de Königsberg de 1734 jusqu’à sa mort, en 1751. C’est lui qui fait découvrir la physique de Newton à Kant, entré à l’université à 16 ans.
Moses Mendelssohn, le rival respecté
Philosophe de Berlin (1729-1786). En 1763, il remporte le concours de l’Académie de Berlin, où Kant arrive deuxième. Kant le respecte : il jugera plus tard son livre Jérusalem irréfutable.
Le criticisme : examiner la raison avant de s’en servir.
Kant ne pense pas dans le vide : il réagit à deux grandes écoles, le rationalisme de Leibniz et de Wolff, et l’empirisme de Hume. Sa réponse s’appelle la « critique ». Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleLe criticisme et les Lumières allemandes, fin du XVIIIe siècle
Quatre combats
La raison
ContreUn dogmatisme qui prétend tout connaître (Dieu, l’âme, le monde) par la seule raison, sans l’avoir examinée.
PourLa critique : la raison examine ses propres pouvoirs et reconnaît ses limites. Elle ne connaît que ce que l’expérience peut lui donner.
La connaissance
ContreUn esprit qui se contente de recevoir ce que les sens lui donnent, comme dans l’empirisme de Hume.
PourUne connaissance construite : l’esprit met en forme l’expérience (espace, temps, causalité). C’est la « révolution copernicienne ».
La morale
ContreUne morale fondée sur l’intérêt, le bonheur ou l’obéissance à une autorité extérieure.
PourUne morale du devoir : la loi vient de la raison de chacun (autonomie) et vaut pour tous les êtres raisonnables.
La politique
ContreUn peuple en tutelle, qui obéit sans discuter, et des États toujours prêts à la guerre.
PourDes citoyens qui osent penser et discuter en public, des États en république et une fédération d’États libres pour garantir la paix.
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Kant.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et rivaux
Ses héritiers
Dans la frise des courants
À toi
Hume ou Kant ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Kant argumente.
Trois extraits de Kant, dans des traductions du XIXe siècle. Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. En explication de texte comme en dissertation, on attend de toi la même chose : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
Le tribunal de la raison
Kant fait comparaître la raison devant elle-même : c’est le sens du mot « critique ». Avant de répondre aux grandes questions, il examine ce que la raison peut vraiment faire.
Distinguer pour y voir clair
Il avance en coupant les notions en deux : prudent / légitime, conforme au devoir / par devoir, hypothétique / catégorique, phénomène / chose en soi.
Des exemples simples pour des idées difficiles
Le marchand, la fausse promesse, le talent qu’on laisse en friche : ses principes les plus abstraits s’appuient sur des cas de la vie courante.
L’universel
Kant cherche ce qui vaut pour tout être raisonnable, pas seulement pour moi ou pour mon époque. Repère : universel / particulier.
Que ferais-tu ?
Tu es Kant. Trois décisions où ta pensée, ton confort et le pouvoir ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée, pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Kant ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
Un homme qui reste, des idées qui voyagent.
Kant vit presque toute sa vie à Königsberg, mais sa pensée voyage : Édimbourg, Genève, Berlin, Paris, Bâle. Suis les lieux qui ont nourri ses idées.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la pensée d’Emmanuel Kant
D’après Wikipédia (« Emmanuel Kant », « Qu’est-ce que les Lumières ? », « Vers la paix perpétuelle ») ; Kant, Prolégomènes (1783, trad. Tissot, 1865) ; coordonnées des villes actuelles.
Kant, entre faits et légendes.
On imagine Kant en vieux professeur rigide, qui ne sort que pour sa promenade. La réalité est plus nuancée, et ses idées sont plus vivantes qu’on ne le croit.
8Démêle le vrai du fauxLe solitaire
Un professeur sans vie sociale ?
Selon la tradition, Kant sort à heure fixe et ses voisins règlent leur montre. Il ne s’est jamais marié et n’a presque jamais quitté sa région.
Le droit de mentir
Faut-il mentir pour sauver un ami ?
Un meurtrier frappe à ta porte et demande si ton ami y est caché. En 1796, le philosophe Benjamin Constant se sert de cet exemple pour dire que le devoir de dire la vérité ne peut pas être absolu. Kant lui répond en 1797.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le ciel étoilé et la loi morale
Sur la tombe de Kant, à Kaliningrad, est gravée une phrase de la Critique de la raison pratique : deux choses remplissent l’esprit d’admiration, le ciel étoilé au-dessus de lui et la loi morale en lui. Il est d’abord enterré dans la cathédrale. En 1880, ses restes sont déplacés dans une chapelle ; en 1924, pour le deux-centième anniversaire de sa naissance, un mausolée est achevé à la même place.
Vers la paix perpétuelle, deux siècles après
En 1795, Kant propose trois principes : des États en république, une fédération d’États libres et un droit d’hospitalité universelle. Au XXe siècle, ces idées sont souvent rapprochées de celles qui ont mené à l’ONU, créée en 1945. Aujourd’hui encore, quand on parle de droit international, on retrouve l’idée de Kant : la force ne doit pas faire la loi entre les États.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
Rien, dans le monde ou en dehors du monde, ne peut être tenu pour bon sans restriction, sauf une bonne volonté.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section I, paraphrase
Je ne dois jamais agir autrement que de façon à pouvoir vouloir que ma maxime devienne une loi universelle.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section I, paraphrase
Être sincère par devoir et l’être par crainte des conséquences fâcheuses, ce n’est pas du tout la même chose.
Fondements de la métaphysique des mœurs, section I, paraphrase
Il a fallu écarter les prétentions du savoir pour faire place à la foi.
Critique de la raison pure, Préface de la seconde édition, paraphrase
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · le devoir
Sujets possibles : « Faut-il agir par devoir ? », « Peut-on faire son devoir sans y trouver son intérêt ? », « Le devoir est-il une contrainte ? ». Idées de Kant à mobiliser : la bonne volonté, la différence entre agir conformément au devoir et agir par devoir (le marchand), l’impératif catégorique et le test de la loi universelle. Prévois une objection : une morale qui ne regarde pas les conséquences est-elle praticable ? (voir le débat sur le droit de mentir, 1797). Repères : obligation / contrainte, formel / matériel, universel / particulier.
Dissertation · la raison, la vérité, la liberté
Sujets possibles : « La raison peut-elle connaître ses propres limites ? », « Peut-on tout connaître ? », « Obéir à la raison, est-ce être libre ? », « Faut-il oser penser par soi-même ? ». Idées de Kant : la révolution copernicienne, la différence phénomène / chose en soi, l’autonomie, la devise « Sapere aude », l’usage public de la raison. Repères : croire / savoir, théorie / pratique.
Explication de texte · le marchand honnête
Dans les Fondements (section I), relève la thèse (conforme au devoir n’est pas par devoir), l’exemple du marchand, la concession (« on est donc loyalement servi »), la distinction et la conclusion (l’action est faite par intérêt). Explique « inclination » et « probité ». Pense à discuter : l’intention suffit-elle à juger une action ? Notions : le devoir, la liberté.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Sapere aude ! »
Formule d’Horace (Épîtres, I, 2, 40) : « Ose savoir ! ». En 1784, Kant en fait la devise des Lumières : aie le courage de te servir de ton propre entendement. Tu peux la lancer à un ami qui n’ose pas donner son avis : « Sapere aude : dis ce que tu penses ! »
« Un impératif catégorique »
L’expression vient de Kant : un ordre qui vaut sans condition, sans « pour ». Dans la langue courante, elle veut dire une obligation absolue. Attention au piège : « Je dois réviser pour avoir mon bac », c’est un impératif hypothétique, car il dépend d’un but. Le catégorique n’a pas de « si tu veux ».
« Une révolution copernicienne »
Dans la Préface de la seconde édition de la Critique de la raison pure (1787), Kant compare sa démarche à celle de Copernic : au lieu de supposer que l’esprit tourne autour des objets, il suppose que les objets se règlent sur nos connaissances. On parle depuis de « révolution copernicienne » pour un changement complet de point de vue : « Avec les smartphones, c’était une révolution copernicienne. »
Ce que tu retiens.
Penser par soi-même
Les Lumières, c’est sortir de la tutelle : « Sapere aude », oser se servir de sa raison, discuter en public.
Agir par devoir
Une bonne volonté, un impératif catégorique : agis seulement selon une maxime que tu peux vouloir universelle.
Connaître, avec des limites
Une révolution copernicienne : l’esprit met en forme l’expérience, et la raison ne peut pas tout savoir.
Retour au bac
Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
Ton carnet






