Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
Le sucre qui fondL’Évolution créatrice, chapitre ITu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

Henri Bergson 1859-1941
Né et mort à Paris
- Fils d’un pianiste, il est brillant en mathématiques : il remporte le premier prix de mathématiques du concours général (1877), puis choisit les lettres.
- En 1889, sa thèse, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, oppose le temps des horloges à la durée vécue.
- Professeur au Collège de France à partir de 1900, il publie Le Rire (1900) et L’Évolution créatrice (1907) et devient célèbre bien au-delà des universités.
- Il est élu à l’Académie française en 1914 et reçoit le prix Nobel de littérature 1927, décerné en 1928.
- Sous l’Occupation, malade, il se fait recenser comme juif ; il meurt à Paris en janvier 1941.
- Essai sur les données immédiates de la conscience1889 · essai (thèse)
- Matière et mémoire1896 · essai
- Le Rire1900 · essai
- L’Évolution créatrice1907 · essai
- Les Deux Sources de la morale et de la religion1932 · essai
Un matheux qui se met à penser le temps.
Bergson naît à Paris en 1859. Il est brillant en mathématiques, puis choisit la philosophie. À l’époque, les savants veulent tout mesurer, et lui se demande ce qu’on oublie quand on mesure.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Peut-on mesurer une douleur ?
En 1860, l’Allemand Gustav Fechner invente la psychophysique, qui prétend mesurer les sensations avec des chiffres. En 1889, Bergson, 29 ans, s’en prend à cette idée dès le premier chapitre de sa thèse.
Vingt secondes, deux durées.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Estime le tempsVingt secondes
Deux épreuves, une seule consigne : appuie sur « Stop » quand tu penses que 20 secondes se sont écoulées, sans compter dans ta tête. Une fois sans rien faire, une fois en attrapant des étoiles. Puis compare avec l’horloge.
Le temps des horloges et le temps que tu vis.
Bergson distingue deux temps. L’un se mesure : on le découpe en secondes identiques, comme on découpe une ligne en centimètres. L’autre se vit : c’est la durée, un seul flux continu, qui ne se répète jamais. À toi de faire l’expérience.
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
La durée, le temps que tu vis
Le temps de l’horloge découpe la journée en secondes toutes pareilles, rangées les unes à côté des autres, comme dans l’espace. La durée, elle, est continue : chaque moment prolonge ceux d’avant, comme les notes d’une mélodie qui se fondent les unes dans les autres. Elle s’étire quand tu attends et se contracte quand tu joues. Exemple : dix minutes avant la sonnerie, et dix minutes de jeu vidéo. Notions du programme : le temps, la conscience. Repères : objectif / subjectif, médiat / immédiat.
La liberté, un acte qui vient de tout ton moi
Pour Bergson, on ne choisit pas en pesant des raisons comme sur une balance : ce serait rendre ton choix prévisible, comme un mécanisme. Un acte est libre quand il exprime tout ce que tu es devenu, avec ton histoire et tes expériences. Et comme tu changes à chaque instant, personne ne peut le prévoir tout à fait. Exemple : choisir ton orientation après des mois d’hésitation ; au moment de décider, tu n’es déjà plus la personne du début. Notions : la liberté, la conscience. Repère : nécessaire / contingent.
L’intuition et l’élan vital
Pour agir sur le monde, ton intelligence découpe, mesure et range : c’est utile, mais cela fige ce qui bouge. Pour saisir ce qui vit, Bergson propose l’intuition : se placer à l’intérieur de ce qu’on étudie pour coïncider avec lui. Et si la vie ne suit ni un plan prévu d’avance ni un simple mécanisme, c’est qu’elle invente sans cesse : c’est l’élan vital de L’Évolution créatrice (1907). Exemple : connaître une ville avec un plan, ou en y marchant. Notions : la vérité, la science. Repère : intuitif / discursif.
Autour de lui
William James, l’ami américain
Psychologue et philosophe de Harvard (1842-1910), William James lit Bergson avec enthousiasme et le fait connaître aux États-Unis. Les deux hommes s’écrivent. Pour James aussi, la conscience est un courant continu, pas une suite de morceaux séparés.
Louise Neuburger, épouse
Bergson l’épouse au début des années 1890. Elle est la cousine de Marcel Proust, qui est le témoin de leur mariage. Leur fille Jeanne naît en 1896, sourde. Louise Neuburger vit de 1872 à 1946.
Le spiritualisme : penser la vie de l’intérieur.
Bergson prolonge la tradition du spiritualisme français et inspire tout un courant, le bergsonisme. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleLe bergsonisme, philosophie de la vie en France, vers 1890-1940
Quatre combats
Le temps
ContreUn temps qu’on mesure : des secondes identiques, rangées sur une ligne comme dans l’espace.
PourLa durée : un flux continu, où chaque moment prolonge les précédents, et qui ne se répète jamais.
La liberté
ContreUn esprit qui fonctionne comme un mécanisme : si on connaît toutes les causes, on peut prévoir ses choix.
PourUn acte libre exprime tout le moi, avec son histoire : il ne se calcule pas, parce que le moi change sans cesse.
La connaissance
ContreConnaître, c’est découper et mesurer, comme le fait l’intelligence quand elle agit sur la matière.
PourL’intuition : se placer à l’intérieur de ce qu’on étudie, pour coïncider avec ce qu’il a d’unique.
La vie
ContreUne vie réduite à un mécanisme, ou à un plan prévu d’avance par un but (le finalisme).
PourL’élan vital : la vie invente sans cesse du nouveau, sans plan donné d’avance.
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Bergson.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et rivaux
Ses héritiers
Dans la frise des courants
À toi
Temps de l’horloge ou durée vécue ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Bergson argumente.
Trois extraits. Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. En explication de texte comme en dissertation, on attend de toi la même chose : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
Des exemples minuscules
Un verre d’eau sucrée, un passant qui trébuche, une attente : Bergson part de scènes que tout le monde a vécues. La philosophie commence dans la vie de tous les jours.
Des images plutôt que des définitions
Pour faire sentir la durée, il parle d’attente, de mélodie, de flux. Il veut que tu retrouves ce que tu as déjà vécu, pas que tu apprennes une définition par cœur.
Une pensée par couples
Espace et durée, intelligence et intuition, mécanique et vivant, morale close et morale ouverte (Les Deux Sources, 1932) : Bergson pense par oppositions, pour montrer ce que le premier terme laisse échapper.
Un style de prix Nobel
Le prix Nobel de littérature 1927 salue ses idées riches et vivifiantes, et la manière brillante de les présenter. Son français est clair et imagé : c’est un philosophe qui se fait lire.
Que ferais-tu ?
Tu es Bergson. Trois décisions où tes idées, la prudence et le regard des autres ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée, pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Bergson ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
De la rue Lamartine à Garches.
De Paris à Clermont-Ferrand, puis de nouveau à Paris : la vie de Bergson se joue surtout dans les lycées et les amphithéâtres. Suis-le de sa naissance à sa dernière demeure.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la vie de Henri Bergson
D’après Wikipédia (« Henri Bergson ») et la biographie du prix Nobel (nobelprize.org) ; emplacements de la séance de 1922, du lycée de Clermont-Ferrand, de Passy et du cimetière de Garches approximatifs.
Bergson, entre faits et légendes.
On résume souvent Bergson à deux ou trois formules : « le temps vécu », « le rire », « l’élan vital ». Voici deux idées reçues à vérifier.
8Démêle le vrai du fauxLe débat de 1922
Bergson contre Einstein : qui a gagné ?
Le 6 avril 1922, le philosophe le plus célèbre de France rencontre à Paris le physicien le plus célèbre du monde. Beaucoup de gens retiennent que l’un des deux a battu l’autre.
Le rire
Le rire, un simple plaisir ?
Tu ris avec tes amis, devant une vidéo, au cinéma : rire, c’est sans doute le plus innocent des gestes. Bergson, lui, a écrit tout un livre dessus : Le Rire (1900).
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Deleuze relit Bergson
En 1966, le philosophe Gilles Deleuze publie Le Bergsonisme, qui remet la durée et la mémoire au centre de la réflexion. En 1983, dans Cinéma 1. L’Image-mouvement, il s’appuie encore sur Bergson pour penser ce qu’est une image qui bouge. Près d’un siècle après l’Essai, la durée continue donc de nourrir la philosophie.
La durée dans les laboratoires
Aujourd’hui, psychologues et neuroscientifiques étudient le temps perçu. Ils observent qu’il varie avec la motivation, l’émotion ou l’âge, et ils cherchent encore à l’expliquer. Ton expérience des étoiles en était une version très simple : la même durée d’horloge, et deux durées vécues.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
« Nous nous exprimons nécessairement par des mots, et nous pensons le plus souvent dans l’espace. »
Essai sur les données immédiates de la conscience, Avant-propos, 1889
« La durée est le progrès continu du passé qui ronge l’avenir et qui gonfle en avançant. »
L’Évolution créatrice, chapitre I, 1907
« Ce n’est plus du pensé, c’est du vécu. »
L’Évolution créatrice, chapitre I, 1907
« Cette raideur est le comique, et le rire en est le châtiment. »
Le Rire, chapitre I, 1900
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · le temps
Sujets possibles : « Le temps se mesure-t-il ? », « Peut-on vivre le temps comme on le mesure ? », « Le temps n’existe-t-il que dans notre conscience ? ». Idées de Bergson à mobiliser : temps spatialisé / durée, attente du sucre, critique de la mesure. Prévois une objection : sans horloge commune, pas de vie sociale ; et pour Bachelard, le temps est fait d’instants séparés. Notion : le temps. Repères : objectif / subjectif, intuitif / discursif.
Dissertation · la conscience et la liberté
Sujets possibles : « Peut-on prévoir ce que quelqu’un va faire ? », « Un acte libre est-il un acte sans raison ? », « Peut-on se connaître en s’observant soi-même ? ». Idées : les données immédiates, le moi profond, l’acte libre comme expression de tout le moi. Objection : quelqu’un qui te connaît bien devine souvent tes choix. Notions : la conscience, la liberté. Repère : nécessaire / contingent.
Explication de texte · le sucre qui fond
Dans L’Évolution créatrice (chapitre I), relève la situation (attendre que le sucre fonde), l’opposition entre « temps mathématique » et « ma durée à moi », et la formule « du pensé / du vécu ». Explique « il coïncide avec mon impatience » : pourquoi Bergson ne dit-il pas « comme » ? Pense à discuter : une durée vécue peut-elle être partagée ou comparée ? Notions : le temps, la conscience. Repère : abstrait / concret.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Du mécanique plaqué sur du vivant. »
Formule du Rire (1900), chapitre I : pour Bergson, on rit quand quelque chose de raide, de mécanique, vient se coller sur ce qui est vivant et souple. Tu peux l’employer pour un acteur qui récite son texte comme un robot, ou pour un gag de Charlot dans Les Temps modernes (1936), où l’ouvrier est avalé par la machine : « C’est du mécanique plaqué sur du vivant ! »
« Ce n’est plus du pensé, c’est du vécu. »
Phrase de L’Évolution créatrice (1907), chapitre I : Bergson parle de l’attente du sucre qui fond. Le temps qu’il attend n’est pas celui d’un calcul, c’est celui qu’il vit. Tu peux l’employer pour dire qu’un savoir vient de l’expérience, pas d’un cours : « La peur d’un oral, ce n’est pas du pensé, c’est du vécu. »
« L’élan vital »
Expression de L’Évolution créatrice (1907). Bergson appelle ainsi la force qui pousse la vie à inventer sans cesse du nouveau, au lieu de suivre un plan prévu d’avance ou de simples mécanismes. Aujourd’hui, on dit d’une personne pleine d’énergie qu’elle a de l’élan vital. Tu peux t’en servir avec humour : « Lundi, 8 heures : plus d’élan vital. »
Ce que tu retiens.
Deux temps
Le temps des horloges se mesure ; la durée se vit, continue et personnelle.
Une liberté vivante
Un acte libre vient de tout ton moi : on ne peut pas le calculer à l’avance.
Penser de l’intérieur
L’intuition, le rire, l’élan vital : Bergson veut comprendre la vie sans la figer.
Retour au bac
Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
Ton carnet
Continue le voyage.
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