Ce n’est pas un pays, mais des centaines de petites cités qui parlent la même langue, honorent les mêmes dieux et se font la guerre. Du palais de Cnossos (vers −1900) à la bataille d’Actium (−31), tu la regardes sous onze angles : la mer, la cité, les dieux, l’écriture, les chantiers, les savoirs, la vie, l’art, les guerres et ce qu’elle nous a laissé.
Les historiens comptent environ mille cités grecques (poleis), de l’Espagne à la mer Noire. Chacune a ses lois, son armée, sa monnaie.
−508
La démocratie. À Athènes, Clisthène organise un système où les citoyens décident ensemble. C’est la première démocratie connue.
−323
Alexandre meurt. Il a conquis l’empire perse en dix ans. Ses généraux se le partagent : le monde grec s’étend jusqu’à l’Inde.
1 mer
Montagnes partout, peu de terres riches, mais des côtes découpées. Platon dit que les Grecs vivent autour de la mer « comme des fourmis ou des grenouilles autour d’une mare ».
Avant de lire : fais une hypothèse
Les premiers Jeux olympiques sont datés de −776, les derniers de l’Antiquité de 393 après J.-C. Pendant combien de temps ont-ils eu lieu ?
Bonne piste. De −776 à 393, il y a environ 1 170 ans, soit un rendez-vous tous les quatre ans pendant plus de mille ans (293 éditions selon la tradition). Puis il y a eu un silence de 1 500 ans, jusqu’aux Jeux de 1896 à Athènes. Voilà ce que veut dire « l’Antiquité grecque » : une durée énorme, qu’on résume trop vite.
Les grandes périodes
L’histoire grecque ne commence pas avec Athènes. Avant les cités, il y a des palais, puis un long trou noir. Clique sur une période : la largeur de chaque bloc correspond à sa durée.
Où ça se passe
La Grèce, ce sont aussi les îles de la mer Égée et la côte de l’actuelle Turquie. Clique sur un lieu pour voir ce qui s’y est joué.
Avant, pendant, après
Avant
Des palais, puis le silence
Vers −1900, les Minoens de Crète et plus tard les Mycéniens bâtissent des palais et notent leurs comptes sur des tablettes d’argile. Vers −1200, tout s’effondre : les palais brûlent, l’écriture disparaît. Pendant quatre siècles, on vit en petits villages.
Pendant
Des cités sans roi tout-puissant
Vers −800, des villages se regroupent autour d’une colline fortifiée et d’un marché : ce sont les cités. Elles inventent l’alphabet avec voyelles, la monnaie frappée, la démocratie, le théâtre, la philosophie. Elles se battent entre elles… mais se retrouvent aux Jeux.
Après
Alexandre, puis Rome
Alexandre le Grand diffuse la culture grecque jusqu’en Égypte, en Perse et en Inde. Rome conquiert la Grèce (Corinthe est détruite en −146) mais en adopte la langue savante, les dieux, l’art. Un Romain célèbre dira que la Grèce vaincue a conquis son vainqueur.
Cinq objets pour remonter le temps
Ces objets viennent de la période d’avant les cités. Ils ne sont pas des originaux de musée : ce sont des reconstitutions imaginées pour Tessera, à partir de pièces connues.
Idole cycladiquemarbre, bras croisés, Cyclades, vers −2700 à −2300Sceau minoenpierre gravée, sert à signer les jarres et les tablettesTablette en linéaire Bdes comptes : jarres, moutons, grainPoignard de bronzearme de guerrier mycénien, vers −1500Amphore géométriqueAthènes, vers −750 : le décor se compose de bandes et de losanges
Dans la vraie vie
Un architecte déchiffre une écriture
Le linéaire B est resté illisible pendant plus de cinquante ans après sa découverte à Cnossos par Arthur Evans, en 1900. En 1952, l’architecte britannique Michael Ventris, qui s’y consacre en amateur depuis l’adolescence, montre que cette écriture note du grec, plus ancien que celui d’Homère. Les tablettes ne sont pas des poèmes : ce sont des listes de comptes, avec des moutons, des jarres d’huile, du grain.
Ton parcours
Dix autres onglets t’attendent. Tu peux les faire dans l’ordre ou sauter où tu veux.
Dans le reste de Tessera
Tout se rejoint : ce que tu vois ici a des prolongements ailleurs, et un miroir en Égypte.
En Grèce, la terre est pauvre et rocheuse, la mer est partout. Pour manger, commercer, fonder de nouvelles cités ou gagner une guerre, il faut des bateaux. Ici, tu vois où les Grecs sont partis, comment fonctionne une trière, et pourquoi ils ont frappé des pièces.
Avant de lire : fais une hypothèse
Entre −750 et −550, des milliers de Grecs partent fonder des cités loin de chez eux, de la Sicile à la mer Noire. Pourquoi ?
Bonne piste. La terre grecque nourrit mal une population qui grandit ; certains perdent les luttes politiques de leur cité ; d’autres cherchent des métaux ou des ports. Un chef, le fondateur (oikiste), part avec un groupe, souvent après avoir consulté l’oracle de Delphes. Une fois installée, la colonie est une cité libre : le mot grec, apoikia, veut dire « maison loin de chez soi ».
Où les Grecs sont partis
Pendant deux siècles, les départs dessinent une couronne de cités autour de la Méditerranée et de la mer Noire. Clique sur une route.
Les objets du voyage
L’amphore de transportvin, huile, poisson salé : un bateau en porte des milliersL’ancre de pierreun bloc percé, lesté de plomb plus tardLa balanceon pèse l’argent : un « talent » vaut environ 26 kg de métal
La trière : un bateau de guerre à 170 rameurs
C’est le navire qui a fait la puissance d’Athènes. Elle est rapide, légère, fragile, et ne navigue pas la nuit : on tire la coque sur une plage pour dormir. Choisis un rang de rameurs.
Dans les entrailles d’une trière
Une coupe pour comprendre comment 170 personnes rament sans se gêner. Clique sur les numéros.
L’éperonun bloc de bronze à la proue : on coule l’ennemi en le heurtantLa rameenviron 4 m de long, en sapin ; on rame en rythme, à la flûte
Pourquoi des pièces ?
Avant la monnaie, on échange des objets ou des morceaux de métal qu’on pèse. Vers −650 à −600, les rois de Lydie, en Asie Mineure, frappent les premières pièces en électrum, un mélange naturel d’or et d’argent. Les cités grecques de la côte copient, puis chacune frappe la sienne, avec son emblème : la chouette pour Athènes, la tortue pour Égine, le Pégase pour Corinthe.
Athènes a un atout : des mines d’argent au Laurion, au sud de l’Attique, exploitées surtout par des esclaves. Sa pièce vedette, le tétradrachme à la chouette, pèse environ 17 g d’argent et sert dans toute la Méditerranée, un peu comme un dollar de l’époque. Pour savoir ce que valait une pièce, essaie le labo.
Le tétradrachmed’un côté Athéna, de l’autre la chouette
La mine d’argent qui a fait la flotte
L’argent des « chouettes » vient du sol de l’Attique : les mines du Laurion. Descends dans une mine, de la galerie à la fonderie.
Dans la vraie vie
Une trière refaite à l’identique, 2 400 ans plus tard
Entre 1985 et 1987, la marine grecque construit une trière en suivant les textes, les vases et les restes retrouvés : l’Olympias, 37 m de long. En 1987, des volontaires, jeunes pour la plupart, la font ramer en mer. Résultats : environ 9 nœuds (17 km/h) en pointe, mais seulement quelques minutes, car on ne tient pas longtemps ce rythme. Et l’expérience prouve qu’on peut bien ramer sur trois niveaux, ce que certains savants contestaient.
Le port du Pirée, à 10 km d’Athènes, est toujours aujourd’hui le premier port de Grèce.
À retenir
Terre pauvre, mer proche : les Grecs deviennent marins et marchands. Les colonies sont des cités indépendantes.
La trière, rapide, à 170 rameurs, fait la force d’Athènes au Ve siècle avant notre ère.
La monnaie, inventée en Lydie, se répand dans les cités grecques et sert d’emblème à chacune.
Dans le reste de Tessera
La mer, les navires, les détroits : d’autres pages en parlent.
La cité (polis) est le cadre de toute la vie grecque : un centre avec sa colline fortifiée et son marché, des champs autour, et des habitants qui se connaissent. À Athènes, on y invente une idée neuve : que ce soient les citoyens eux-mêmes qui décident, en se rassemblant. Tu vas voter, tirer au sort, et voir qui est laissé dehors.
Avant de lire : fais une hypothèse
Athènes est une démocratie. Au Ve siècle avant notre ère, sur 100 habitants de la cité, combien avaient le droit de voter à l’Assemblée ?
Bonne piste. Seuls les hommes adultes, nés de parents athéniens, sont citoyens : 30 000 à 40 000 personnes sur plus de 250 000 habitants. La « démocratie » athénienne est une démocratie directe, sans représentants, mais elle est très réservée. Clique sur chaque groupe pour voir qui est qui.
Trois grandes dates
Vers −594
Solon efface les dettes
Des paysans endettés peuvent être vendus comme esclaves. Solon, choisi comme arbitre, annule les dettes et interdit de réduire un Athénien en esclavage pour dette. Il ouvre aussi les tribunaux populaires.
−508 / −507
Clisthène réorganise la cité
Il découpe l’Attique en dix tribus qui mélangent la ville, la côte et la campagne, pour briser le pouvoir des grandes familles. Il crée un Conseil de 500 membres. C’est le début de la démocratie.
Vers −460 à −430
Périclès paie les citoyens
Pour qu’un artisan pauvre puisse siéger sans perdre sa journée, on verse une indemnité aux jurés, puis à d’autres charges. Périclès, élu général presque chaque année, domine la vie politique.
−404
La défaite et ses crises
Athènes perd la guerre contre Sparte. Des oligarques prennent le pouvoir quelques mois (les « Trente »), puis la démocratie est rétablie en −403. Elle durera jusqu’à la conquête macédonienne, au IVe siècle.
Comment on décide
L’Assemblée (ekklèsia)
Tous les citoyens, une quarantaine de fois par an
On se réunit sur la colline de la Pnyx. Tout citoyen peut prendre la parole. On vote à main levée : guerre, paix, impôts, traités.
Le Conseil (boulè)
500 citoyens tirés au sort
Pour un an, à raison de 50 par tribu. Ils préparent les lois que l’Assemblée vote, et gèrent les affaires courantes. On ne peut y siéger que deux fois dans sa vie.
Les tribunaux (héliée)
Des jurés tirés au sort
Chaque année, 6 000 citoyens sont tirés au sort pour juger. Pas de juge professionnel, pas d’avocat : on plaide soi-même, en un temps mesuré à l’eau.
À Athènes, presque toutes les charges sont tirées au sort : on pense que n’importe quel citoyen peut faire l’affaire, et que le hasard est plus juste que l’élection, qui favorise les riches. Seuls les dix généraux sont élus, parce qu’on ne confie pas une armée au hasard.
Le tirage au sort, version marbre
Le klèrotèrion est une machine : chaque citoyen glisse sa plaquette dans une colonne (une tribu), puis des billes noires et blanches roulent dans un tube. Chaque bille blanche désigne une ligne de citoyens tirés. Essaie : tu es dans la grille.
Vote ton ostracisme
L’ostracisme permet d’exiler dix ans un homme politique jugé dangereux, sans procès. On écrit son nom sur un tesson de poterie (ostrakon). Il faut au moins 6 000 tessons pour que le vote compte. À toi de choisir.
Les objets du citoyen
L’ostrakonun tesson de poterie, bulletin de vote gratuitLes jetons de voteaxe creux : coupable ; axe plein : innocentLa clepsydrel’eau qui coule mesure le temps de paroleL’urneun vote secret : on ne voit pas quel jeton tombe
Athènes contre Sparte
Les deux grandes cités ne se ressemblent pas du tout. Sparte est le modèle d’une cité organisée tout entière pour la guerre.
Athènes
Une démocratie de marins et de marchands
Les citoyens décident ensemble, la flotte est la force principale, les arts et les affaires prospèrent. Il y a de l’argent, du théâtre, des étrangers, des idées. Les citoyens travaillent de leurs mains ou font travailler des esclaves.
Sparte
Une cité de soldats
Deux rois, cinq magistrats élus chaque année (les éphores), un conseil d’anciens. Les garçons sont élevés par la cité dès sept ans (l’agôgè) pour devenir soldats. Les terres sont cultivées par des hilotes, paysans asservis, bien plus nombreux que les Spartiates : c’est la grande peur de la cité.
Trois fondateurs
Les portraits sont des illustrations imaginées pour Tessera : on ne connaît pas leur vrai visage.
Athènes · vers −594
Solon
Il efface les dettes. Poète et homme politique, il évite à Athènes une révolte des pauvres en annulant les dettes et en divisant les citoyens en classes selon leur fortune. Après ses réformes, il part dix ans en voyage pour qu’on n’exige pas qu’il les change.
Athènes · vers −508
Clisthène
Il invente la démocratie. Issu d’une grande famille, il s’appuie sur le peuple pour battre ses rivaux, puis réorganise la cité. Les Athéniens du Ve siècle voient en lui le père de leur régime.
Athènes · vers −495 à −429
Périclès
Le premier citoyen. Élu général presque chaque année pendant plus de vingt ans, il fait bâtir le Parthénon, finance le théâtre, renforce la flotte et les Longs Murs. Il meurt de la peste en −429, en pleine guerre contre Sparte.
Dans la vraie vie
Des bulletins truqués, retrouvés dans un puits
On connaît plus de 10 000 ostraka, retrouvés surtout sur l’Agora d’Athènes et au Céramique. En 1937, dans un puits au pied de l’Acropole, on en a découvert près de 200 portant le nom de Thémistocle, écrits par quelques mains seulement : quelqu’un les avait préparés à l’avance pour les distribuer. La triche existe aussi dans la première démocratie.
Un mot encore : le grec idiôtès désigne celui qui reste dans sa vie privée et ne s’occupe pas des affaires de la cité. De là vient notre mot « idiot ». Voir aussi l’Antiquité dans Histoire →
À retenir
Athènes invente la démocratie directe (Clisthène, −508) : les citoyens décident eux-mêmes.
Elle est réservée : environ 12 habitants sur 100 votent (hommes adultes de parents athéniens).
Le tirage au sort, l’indemnité et l’ostracisme visent à empêcher qu’un homme ou les riches ne prennent tout le pouvoir.
Dans le reste de Tessera
La cité, ses chefs et ses penseurs ont d’autres pages.
Pour les Grecs, les dieux ne sont pas parfaits : ils sont jaloux, drôles, amoureux, rancuniers, et ils interviennent partout. Mais ils sont immortels et plus puissants. On les honore avec des fêtes, des sacrifices et des questions posées aux oracles.
Avant de lire : fais une hypothèse
Dans les histoires grecques (les mythes), comment se comportent les dieux ?
Bonne piste. Les Grecs n’ont pas de livre sacré ni de grande Église : leurs récits viennent des poèmes d’Homère et d’Hésiode, et chaque cité a ses cultes. Comme les dieux sont « comme nous en plus fort », on les craint et on les remercie, mais on peut aussi en rire, au théâtre par exemple. Clique sur chacun des douze grands dieux.
Les douze dieux de l’Olympe
Selon les Grecs, ils habitent au sommet du mont Olympe, à 2 917 m, la plus haute montagne de Grèce. Chacun protège un domaine. Choisis un dieu, observe-le, fais ton hypothèse : de quoi s’occupe-t-il ? Puis découvre son histoire, ses lieux, sa famille.
Comment on les honore
Le temple
La maison du dieu
Le temple abrite la statue, mais on n’y entre pas pour prier ensemble. La cérémonie a lieu dehors, devant l’autel.
Le sacrifice
Un repas partagé
On offre un animal au dieu : la fumée des os et de la graisse monte vers lui, la viande est mangée par tous. C’est l’un des rares moments où l’on mange de la viande.
Les fêtes
La cité en procession
Les Panathénées, à Athènes, offrent à Athéna un voile neuf tous les quatre ans ; les Dionysies, du théâtre pour Dionysos. À Éleusis, on est « initié » en secret aux mystères de Déméter et de sa fille.
Les prêtres et prêtresses sont souvent des citoyens ordinaires, désignés pour un temps : il n’y a pas de caste de prêtres comme en Égypte. La religion, c’est un acte civique : on la fait pour la cité.
Grec ou romain ?
Les Romains reprennent presque tous les dieux grecs sous d’autres noms. Ce sont ces noms-là qui désignent nos planètes. Associe chaque dieu grec à son nom romain.
Delphes, le nombril du monde
Sur les pentes du mont Parnasse, le sanctuaire d’Apollon est le lieu où l’on pose des questions aux dieux. Une prêtresse, la Pythie, s’assoit sur un trépied dans le temple, et des prêtres transmettent la réponse, souvent en vers. Les cités consultent avant de fonder une colonie, de faire la guerre ou de changer leurs lois ; des particuliers viennent aussi, avec une offrande, pour des questions de mariage, d’argent, de voyage.
Les Grecs pensaient que Delphes était le centre du monde : un bloc de pierre, l’omphalos (« nombril »), le marquait. Sur le temple était gravé « Connais-toi toi-même ».
L’omphalosla pierre du « nombril du monde »Le trépiedle siège de la Pythie ; on en offre aussi aux vainqueursLa phialecoupe plate où l’on verse du vin pour le dieuLa couronne d’olivierla seule récompense des vainqueurs d’Olympie
À toi de consulter l’oracle
Voici l’une des réponses les plus célèbres, rapportée par l’historien Hérodote. Tu es le client.
Quatre grands jeux, quatre couronnes
Les Jeux ne sont pas du sport : ce sont des fêtes religieuses en l’honneur d’un dieu. Quatre rendez-vous réunissent toutes les cités, même celles qui se font la guerre : une trêve sacrée protège les voyageurs.
Olympie · tous les 4 ans
Zeus
Couronne d’olivier sauvage. Course à pied, lutte, pugilat, char. La plus célèbre.
Delphes · tous les 4 ans
Apollon
Couronne de laurier. On y fait aussi des concours de musique et de poésie.
Isthme · tous les 2 ans
Poséidon
Couronne de pin. Près de Corinthe, au carrefour des routes maritimes.
Némée · tous les 2 ans
Zeus
Couronne d’ache, une plante proche du céleri sauvage.
Dans la vraie vie
Des questions de tous les jours, gravées sur du plomb
À Dodone, en Épire, où l’on interrogeait Zeus, on a retrouvé des milliers de petites lamelles de plomb : des questions posées par des gens ordinaires. Dois-je me marier ? Mes affaires vont-elles bien marcher ? Faut-il partir en voyage ? Certaines sont si usées qu’on les lit à peine. Les dieux grecs ne servent pas seulement à expliquer le monde : on leur demande conseil comme à un vieil ami.
À retenir
Les dieux grecs sont immortels et puissants, mais pleins de défauts humains. Il n’y a ni livre sacré ni grande Église.
La religion est civique : fêtes, processions, sacrifices partagés, offrandes aux sanctuaires.
Delphes est le grand lieu de consultation du monde grec ; les Jeux sont des fêtes pour un dieu.
Dans le reste de Tessera
Les dieux ont des échos dans la littérature, l’espace et l’architecture.
Les Grecs n’inventent pas l’écriture, mais ils inventent l’alphabet complet, avec ses voyelles. Il sert à noter des poèmes, des lois, des comptes, et bientôt des pièces de théâtre jouées devant la cité entière.
Avant de lire : fais une hypothèse
Dans notre alphabet, A, E, I, O, U sont des voyelles. Qui a eu l’idée de les noter par des lettres ?
Bonne piste. Vers −800, les Grecs empruntent aux Phéniciens leur alphabet (22 signes, que des consonnes) et utilisent cinq signes devenus inutiles pour noter les voyelles. Le mot « alphabet » vient des deux premières lettres : alpha, bêta. Les Étrusques puis les Romains l’adopteront, et il devient le nôtre. Écris ton prénom en lettres grecques.
Ton prénom en grec
Écrire, au quotidien
Des poèmes, avant les livres
Homère · vers −750 ?
L’Iliade et l’Odyssée
Deux grands poèmes (plus de 15 000 vers pour l’un, 12 000 pour l’autre) qui racontent la guerre de Troie et le retour d’Ulysse. Longtemps récités de mémoire par des chanteurs, ils sont mis par écrit vers −700 à −550. On ne sait presque rien d’Homère, pas même s’il a existé.
Hésiode · vers −700
Les dieux et les travaux
Il écrit la généalogie des dieux (la Théogonie) et un poème sur la vie du paysan (Les Travaux et les Jours) : quand semer, quand récolter, comment vivre.
Sappho · vers −600
La poétesse de Lesbos
Elle écrit des poèmes chantés avec la lyre, sur l’amour, l’absence, ses amies. On n’a gardé d’elle presque que des fragments, recopiés par des auteurs plus tardifs ou retrouvés sur des papyrus.
Le théâtre : une affaire de cité
Au printemps, pour les Grandes Dionysies, la ville s’arrête trois jours. On y joue des tragédies (histoires de héros et de dieux qui finissent mal) puis des comédies (satires de politiciens, de philosophes, de voisins). Chaque auteur s’affronte devant un jury tiré au sort. Les riches citoyens financent la troupe : c’est une façon de payer l’impôt.
Les acteurs sont tous des hommes. Ils portent un masque qui montre au loin le rôle, et changent de masque pour jouer plusieurs personnages. Le chœur, de douze à quinze personnes, chante et danse. Le théâtre (theatron, « le lieu où l’on regarde ») est taillé dans une colline, pour que chacun voie et entende. On y vient en famille, avec un casse-croûte.
Dans le théâtre d’Épidaure
Un théâtre de pierre creusé dans une colline, pour près de 14 000 spectateurs. Clique sur les numéros pour tout visiter, des gradins jusqu’à la scène.
Quatre auteurs à connaître
Eschyle · −525 à −456
Le combattant
Il a combattu à Marathon. Il ajoute un deuxième acteur : le dialogue devient possible. Son Orestie parle de vengeance et de justice.
Sophocle · −496 à −406
Le plus joué
Il ajoute un troisième acteur. Œdipe roi et Antigone posent encore des questions d’aujourd’hui : faut-il obéir à la loi ou à sa conscience ?
Euripide · −480 à −406
Le psychologue
Ses héros ont des doutes et des colères. Médée met en scène une femme trahie qui se venge. Il choque, mais il est très populaire.
Aristophane · −446 à −386
Le rieur
Dans ses comédies, il se moque des politiciens, de la guerre et de Socrate. Dans Lysistrata, les femmes font grève pour arrêter la guerre.
L’histoire comme enquête
Hérodote · vers −484 à −425
« Voici l’enquête… »
Il voyage en Égypte, en Perse, en mer Noire, pose des questions et raconte les guerres médiques. Le mot grec historia veut dire « enquête ». Il rapporte aussi des légendes, mais précise souvent « on dit que ».
Thucydide · vers −460 à −400
Les faits d’abord
Général, puis exilé, il raconte la guerre du Péloponnèse en vérifiant ses témoins. Il laisse les dieux de côté : les guerres sont affaire d’hommes, de peur, d’intérêt et de pouvoir. Il écrit pour « toujours ».
Dans la vraie vie
À Épidaure, on entend la voix depuis le dernier rang
Construit vers −340 à −300 pour 13 000 à 14 000 spectateurs, il est toujours utilisé chaque été pour des spectacles. Une étude de 2007 (université Georgia Tech) a montré que les rangées de calcaire filtrent les bruits graves de la foule et laissent passer les voix : un acteur qui parle sur la scène est compris depuis le dernier rang, sans micro.
À retenir
Les Grecs adaptent l’alphabet phénicien en notant les voyelles : c’est notre ancêtre direct.
Homère et Hésiode, puis Sappho, créent la poésie ; Hérodote et Thucydide, l’histoire.
Le théâtre est une fête civique : tragédies, comédies, acteurs masqués, chœur.
Dans le reste de Tessera
L’alphabet, les poèmes, le théâtre : la suite se lit ailleurs.
Entre −447 et −432, Athènes bâtit le Parthénon sur sa colline. Pas de béton, pas de mortier, pas de machine à moteur : des blocs de marbre taillés à la main, hissés avec des palans, ajustés au millimètre. Tu vas voir comment.
Avant de lire : fais une hypothèse
Les colonnes et les marches du Parthénon sont-elles parfaitement droites ?
Bonne piste. Les colonnes se renflent légèrement au milieu (c’est l’entasis), le sol du temple se bombe de quelques centimètres, les colonnes d’angle penchent vers l’intérieur. Ces écarts corrigent une illusion d’optique : une ligne parfaitement droite semble creuse de loin. Voilà pourquoi les architectes ont triché pour que le temple paraisse droit. Exagère-les.
L’Acropole, une colline-chantier
Après la destruction de l’Acropole par les Perses en −480, Périclès fait reconstruire en grand, avec l’argent de la cité et celui des alliés d’Athènes. Clique sur les numéros pour découvrir les édifices.
Trois ordres, trois styles
Les Grecs bâtissent leurs temples avec trois grands « ordres », c’est-à-dire trois façons de dessiner la colonne et ce qu’elle porte. Choisis-en un.
Doriqueun coussin rond et un carré : la forceIoniquedeux volutes comme des boucles : l’éléganceCorinthienune corbeille de feuilles d’acanthe : le luxe
Au pied du chantier
Le marbre du Parthénon vient du mont Pentélique, à une quinzaine de kilomètres. Les blocs sont dégrossis à la carrière, transportés par des chars à bœufs, puis finis sur place. On n’emploie aucun mortier : chaque bloc est taillé pour épouser le suivant, puis tenu par des agrafes de fer coulées dans du plomb. Les tambours de colonnes sont empilés et centrés avec des chevilles de bois.
Pour hisser les blocs, on utilise une machine apparue en Grèce vers la fin du VIe siècle avant notre ère : la grue à palan. Une corde, plusieurs poulies, un treuil : en multipliant les brins, on divise l’effort. Essaie.
Tambour de colonneun « rond » de marbre, que l’on empileLe mailleten bois dur : on frappe le ciseau pour tailler le marbreLe palandes poulies pour multiplier la forceLe fil à plombune corde, un poids : la verticaleLe compaspour tracer les cercles des colonnesL’agrafe de feren forme de double T, scellée au plomb
Qui construit ?
Des citoyens, des étrangers, des esclaves
Les chantiers athéniens emploient tous les métiers : tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers, forgerons, fondeurs d’or. Sur les comptes gravés sur la pierre pour l’Érechthéion (−408 et −407), citoyens, étrangers résidents et esclaves reçoivent le même salaire d’une drachme par jour (celui des esclaves revenait à leur maître).
Des architectes, un sculpteur chef de chantier
Le Parthénon est l’œuvre de deux architectes, Ictinos et Callicratès, sous la direction du sculpteur Phidias, ami de Périclès. Le chantier dure neuf ans pour le temple, quinze pour les sculptures. C’est rapide pour un édifice de cette ampleur.
Dans le Parthénon et à Olympie
Ces deux coupes montrent ce qu’il y avait à l’intérieur : deux statues géantes, d’or et d’ivoire, du même sculpteur.
Le Parthénon, temple d’Athéna
Le temple de Zeus à Olympie
Un tunnel creusé des deux côtés
Vers −530, sur l’île de Samos, deux équipes percent une montagne en partant chacune d’un côté, sans se voir. Elles se retrouvent au milieu.
Dans la vraie vie
Quand le fer rouille, le marbre éclate
Les agrafes de fer du Parthénon, protégées du plomb, ont tenu 2 400 ans… jusqu’à ce que l’eau s’y infiltre. Le fer rouille, gonfle et fait éclater le marbre. Depuis 1975, un vaste chantier de restauration remplace les anciennes agrafes par du titane, un métal qui ne rouille pas. Le temple, lui, a été éventré en 1687 : l’armée vénitienne a bombardé l’Acropole, où les Ottomans stockaient de la poudre dans le Parthénon.
À retenir
Le Parthénon (−447 à −432) est taillé à sec, sans mortier : blocs ajustés, agrafes de fer, palans.
Les trois ordres (dorique, ionique, corinthien) sont trois manières de dessiner la colonne.
Les « raffinements » (entasis, courbures) corrigent les illusions d’optique : presque aucune ligne n’est droite.
Dans le reste de Tessera
Colonnes, poulies, leviers : d’autres endroits pour approfondir.
À partir de −600, des Grecs cherchent des causes naturelles à ce que l’on attribuait aux dieux : pourquoi la Terre tremble, pourquoi une étoile se lève, pourquoi on tombe malade. Ils inventent la preuve en mathématiques, la mesure du monde, le débat par questions.
Avant de lire : fais une hypothèse
Vers −240, que savent les savants grecs de la forme de la Terre ?
Bonne piste. Vers −350, Aristote donne des preuves : l’ombre de la Terre sur la Lune lors d’une éclipse est toujours ronde, et en voyageant vers le sud on voit des étoiles qui restent cachées au nord. Un siècle plus tard, Ératosthène en mesure la taille avec un bâton et un puits. À toi de refaire sa mesure.
Mesurer la Terre avec un bâton
À Syène (Assouan), au solstice d’été, le soleil éclaire le fond d’un puits : il est à la verticale. Le même jour à Alexandrie, un bâton plante une ombre. Ératosthène mesure cet angle et applique une règle de trois. Choisis la longueur du stade que tu veux utiliser.
Au solstice, à midi, le soleil éclaire le fond du puits.
Penser par questions
Socrate (−470 à −399) n’écrit rien. Il aborde les gens sur l’agora et leur demande : « Qu’est-ce que le courage ? Qu’est-ce que la justice ? » À chaque réponse, il pose une nouvelle question qui en fait voir les limites. Sa méthode est appelée la maïeutique, l’art d’accoucher : il aide l’autre à trouver une idée plus juste que la sienne. Il est condamné à mort par un tribunal athénien en −399, pour impiété et pour avoir « corrompu la jeunesse », et boit la ciguë.
Son élève Platon (−428 à −348) fonde l’Académie, vers −387, à Athènes. Aristote (−384 à −322), son disciple, fonde plus tard le Lycée, étudie des centaines d’espèces animales et enseigne Alexandre. Ils ne sont pas d’accord sur tout : l’un cherche des idées parfaites hors du monde, l’autre part de l’observation. Joue un dialogue avec Socrate.
Quatre idées neuves
Thalès · vers −600
Une explication par l’eau
À Milet, il cherche de quoi tout est fait, et pense que c’est l’eau. L’idée est fausse, mais la méthode compte : on explique la nature par la nature. On lui attribue aussi la prévision d’une éclipse de soleil, en −585.
Pythagore · vers −530
Le monde est nombres
Il fonde une école à Crotone, en Italie du Sud. Ses élèves découvrent que l’harmonie en musique se réduit à des rapports de nombres, et étudient les propriétés des triangles.
Démocrite · vers −400
Des atomes
Il imagine que tout est fait de particules minuscules, indivisibles (atomos, « qu’on ne coupe pas »), qui bougent dans le vide. Il n’a aucune preuve : c’est une idée géniale, deux mille ans avant les chimistes.
Euclide · vers −300
La preuve en géométrie
À Alexandrie, il rassemble dans les Éléments la géométrie de son époque : à partir de quelques règles de base, chaque résultat doit être démontré. Ce livre sert à apprendre la géométrie pendant plus de 2 000 ans.
Archimède, l’ingénieur de Syracuse
Archimède (vers −287 à −212) mêle mathématiques et machines : levier, vis, poulies, miroirs ou catapultes, selon les récits. On lui attribue la phrase « Donne-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ». Place des poids sur la balance, puis deviens orfèvre.
Le ciel et la musique
Les Grecs observent le ciel pour dater les fêtes, semer, naviguer. Le calendrier de chaque cité est lunaire, avec des mois de 29 ou 30 jours : mais 12 lunaisons font 354 jours, onze de moins qu’une année de saisons. Il faut régulièrement ajouter un mois. Vers −432, l’astronome Méton d’Athènes remarque qu’après 19 ans, la Lune retrouve la même phase le même jour de l’année. Pour le vérifier, déplace le curseur.
Les pythagoriciens étudient aussi la musique avec une corde tendue. En la raccourcissant de moitié, on obtient la même note, plus aiguë (l’octave). Écoute-le.
Huit objets de savants
Le mécanisme d’Anticythèredes engrenages de bronze pour suivre le cielLa sphère armillairedes anneaux de bronze pour montrer la course des astresLe cadran solairel’ombre d’une tige donne l’heureLa vis d’Archimèdeune vis dans un tube : l’eau monte quand on tourneLe monocordeune corde, un chevalet mobile : les rapports des notesL’éolipileune sphère qui tourne par la vapeur : un jouet de Héron, au Ier siècle de notre èreL’abaqueune planche, des jetons : on calcule sans écrireLa trousse du médecinscalpels, sonde, ventouse : des outils de bronze
Soigner : Hippocrate et l’observation
Hippocrate (vers −460 à −370), sur l’île de Cos, passe pour avoir fondé la médecine comme une démarche : examiner le malade, noter les signes, comparer, chercher une cause naturelle. Pour les médecins de son école, l’épilepsie, par exemple, n’est pas une « maladie sacrée » envoyée par un dieu, mais une maladie du cerveau.
Ils se trompent sur beaucoup de points (la théorie des quatre « humeurs », par exemple), mais leur règle reste la bonne : observer d’abord. Les textes de cette école sont rassemblés dans le « Corpus hippocratique » ; on ne sait pas quels passages sont d’Hippocrate lui-même. Le serment des médecins qui porte son nom est repris encore aujourd’hui sous des formes modernisées.
Six visages du savoir
Les portraits sont des illustrations imaginées pour Tessera : on ne connaît pas leur vrai visage.
Athènes · −470 à −399
Socrate
Il questionne. Il n’écrit rien : on le connaît par Platon et Xénophon. Il passe sa vie sur l’agora à poser des questions, ce qui lui vaut des amis, des ennemis, puis un procès.
Athènes · −428 à −348
Platon
Il fonde l’Académie. Élève de Socrate, il écrit des dialogues où Socrate est le personnage principal. Il cherche des idées justes, des mathématiques parfaites, et une cité idéale dans La République.
Athènes · −384 à −322
Aristote
Il classe le monde. Né à Stagire, au nord de la Grèce, il étudie les animaux, les astres, la politique, la logique. Précepteur d’Alexandre le Grand, il fonde le Lycée. Il garde l’idée d’observer d’abord.
Syracuse · vers −287 à −212
Archimède
Le génie des machines. Mathématicien, il calcule des aires et des volumes. Selon les récits, il aurait défendu Syracuse contre les Romains avec ses machines. Il meurt lors de la prise de la ville, tué par un soldat.
Alexandrie · vers −276 à −194
Ératosthène
Il mesure la Terre. Né à Cyrène, il dirige la Bibliothèque d’Alexandrie, calcule la taille de la Terre, trace une carte du monde connu et dresse la liste des nombres premiers par sa méthode du « crible ».
Cos · vers −460 à −370
Hippocrate
Il observe les malades. Il passe pour le père de la médecine : examiner, noter, chercher une cause naturelle. Plus de médecine dans Sciences →
Dans la vraie vie
Un calculateur de bronze, sorti de l’eau en 1901
En 1900, des plongeurs d’éponges découvrent près de l’île d’Anticythère une épave romaine du Ier siècle avant notre ère. Parmi les trésors, un bloc de bronze corrodé qui contient des roues dentées. Les scanners modernes ont montré un mécanisme capable de suivre le Soleil, la Lune, de prédire des éclipses et même d’indiquer les années des Jeux olympiques. Un tel niveau d’engrenages n’est pas connu à nouveau avant plus d’un millénaire.
À retenir
Les Grecs cherchent des causes naturelles et inventent la preuve en mathématiques (Euclide).
Ératosthène mesure la Terre vers −240 avec une ombre et un puits ; Archimède lie maths et machines.
Socrate, Platon, Aristote fondent la philosophie : poser des questions, chercher des définitions, observer.
Dans le reste de Tessera
Les philosophes et les savants grecs ont chacun leur page.
Derrière les temples et les philosophes, il y a des gens : on se lève tôt, on va au marché, les garçons à l’école, les femmes à la maison, on dîne en famille ou entre amis. Cet onglet te fait entrer dans la vie de tous les jours d’une cité grecque, surtout Athènes.
Avant de lire : fais une hypothèse
Les Grecs adorent le vin. Au banquet, comment le boivent-ils ?
Bonne piste. On mélange le vin à de l’eau, souvent deux ou trois parts d’eau pour une de vin, dans un grand vase, le cratère, puis on le sert avec une louche. Un Grec qui boit son vin pur passe pour un barbare ou un ivrogne. Le maître du banquet décide combien de cratères on boira : un seul, c’est la sagesse ; trois, le désordre.
Une journée, trois vies
À Athènes, la vie d’un homme libre, d’une femme et d’un garçon ne se ressemblent pas. Choisis un profil et fais avancer l’heure.
La maison : la cour, les hommes, les femmes
Une maison athénienne est modeste : des murs de briques de terre crue, un toit de tuiles, peu de fenêtres sur la rue. Tout s’organise autour d’une cour, où l’on trouve l’autel, un puits, parfois un olivier. Les riches ajoutent une salle de banquet pour les hommes (andrôn) et des pièces pour les femmes de la maison. Le mobilier est rare : des lits, des coffres, quelques chaises légères. Clique sur les numéros.
La vie des femmes
À Athènes
Sous la tutelle d’un homme
Une fille se marie vers 14 ou 15 ans avec un homme plus âgé choisi par son père. Une femme ne vote pas et ne peut pas gérer ses biens seule : elle dépend toute sa vie d’un homme de sa famille. Elle gère la maison, élève les enfants, file et tisse. Elle sort pour les fêtes religieuses, les funérailles, les fontaines.
À Sparte
Beaucoup plus libres
Les Spartiates s’entraînent au sport, héritent, gèrent les terres pendant que les hommes sont à l’armée. Les autres Grecs s’en étonnent et s’en moquent.
Des exceptions
Des femmes qu’on retient
La poétesse Sappho, à Lesbos, et Aspasie, étrangère installée à Athènes, compagne de Périclès, dont les philosophes fréquentent le salon. Leur histoire montre qu’une femme pouvait compter, mais c’était rare.
Lesbos · vers −630 à −570
Sappho
La poétesse. Elle dirige un cercle de jeunes filles et écrit des poèmes chantés avec la lyre. Les Grecs l’admirent au point de la surnommer « la dixième Muse ». Il nous en reste surtout des fragments.
Athènes · Ve siècle avant notre ère
Aspasie
Une étrangère de Milet. Cultivée, elle vit avec Périclès. Platon et Plutarque rapportent que Socrate et d’autres venaient l’écouter. Comme étrangère, elle n’a pourtant aucun droit politique à Athènes.
Les enfants à l’école
Une école d’Athènes : lire, écrire, réciter, jouer de la lyre.
À Athènes, l’école n’est pas obligatoire ni gratuite : les familles paient un maître. Vers sept ans, un garçon y va accompagné d’un esclave, le pédagogue (« celui qui conduit l’enfant »). Il apprend à lire, à écrire, à compter, à réciter Homère par cœur et à jouer de la lyre. Puis il va à la palestre, pour la lutte, la course, le disque.
À dix-huit ans, un jeune Athénien devient citoyen et fait deux ans de service militaire (l’éphébie). Les filles, elles, n’apprennent à l’école ni les lettres ni la gymnastique : elles restent à la maison, où une mère ou une servante leur apprend, parfois, à lire.
Dans un gymnase
Le gymnase est un lieu d’exercice, de bains et de discussion. Clique sur les numéros pour tout visiter.
Le banquet, le symposion
On boit allongé, en discutant, en chantant, en jouant.
Après le repas, les hommes invités restent pour le symposion (« boire ensemble »). On y parle de politique, de poésie, d’amour, on chante, on joue au cottabe (lancer les dernières gouttes de vin sur une cible). Des musiciennes viennent souvent animer la soirée. Les femmes de la maison n’y sont pas invitées.
Se vêtir, se laver, se soigner le corps
À table
Le repas se compose de trois choses : le blé (en pain ou en bouillie), l’olive (huile, olives) et le vin. On y ajoute des figues, du fromage de chèvre, du miel, des légumes secs, du poisson. La viande est rare : on en mange surtout après un sacrifice aux dieux. Le blé manque : Athènes en importe, de la mer Noire et d’Égypte, d’où l’importance de sa flotte.
À la maison
Jouer aux osselets
Les enfants et les adultes jouent avec des astragales, des osselets de mouton à quatre faces qui servent de dés. Le meilleur lancer, le « coup de Vénus », est de faire apparaître quatre faces différentes. Lance les osselets, puis compare avec un vrai dé parfait.
Dans la vraie vie
Le régime « méditerranéen », classé par l’Unesco
Pain, olives et huile d’olive, légumes, fruits, fromage de chèvre, un peu de poisson, du vin avec de l’eau, et peu de viande : c’est à peu près le repas d’un Athénien. En 2010, l’Unesco a inscrit le « régime méditerranéen » (proposé par la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Maroc) sur sa liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, comme un art de vivre autant qu’une manière de manger.
À retenir
Les maisons s’ouvrent sur une cour ; les hommes et les femmes y vivent des vies très différentes.
On mange du blé, des olives, du vin coupé d’eau ; la viande est rare. L’école est payante et réservée aux garçons.
Le banquet (symposion) est un moment d’échanges et de jeux entre hommes.
Dans le reste de Tessera
L’argent, les objets, le quotidien : d’autres pages les racontent.
En trois siècles, les sculpteurs grecs passent de statues raides, bras collés au corps, à des corps qui bougent, hanche relevée et tête tournée. Les potiers, eux, font du vase de tous les jours un tableau. Tout n’était pas blanc, bien au contraire.
Avant de lire : fais une hypothèse
Dans les musées, les statues et les temples grecs sont en marbre blanc. À quoi ressemblaient-ils quand ils étaient neufs ?
Bonne piste. Les Grecs peignaient leurs statues, leurs frises et une partie de leurs temples : rouge, bleu, vert, jaune, motifs sur les vêtements, iris des yeux, lèvres. Avec le temps, la peinture s’est effacée ; à la Renaissance puis au XVIIIe siècle, on a pris le marbre nu pour le goût grec. Depuis les années 2000, des archéologues, comme l’Allemand Vinzenz Brinkmann, refont des copies peintes en testant les pigments sur le marbre. Le résultat surprend : vif, parfois voyant. Dans la suite, observe comment les statues évoluent.
Du kouros au contrapposto
Pendant trois siècles, les sculpteurs cherchent à rendre un corps vivant. Fais glisser le curseur : la ligne bleue suit les hanches, la ligne violette les épaules. Regarde à quel moment elles cessent d’être horizontales.
Quatre noms à retenir
Myron · vers −450
Le discobole
Il fige un athlète au moment où il va lancer le disque : le corps est tendu comme un arc. Son bronze est perdu ; nous le connaissons par des copies romaines en marbre.
Polyclète · vers −440
Le canon
Il écrit un traité de proportions et illustre sa règle avec le Doryphore (« porteur de lance »). Pour lui, le corps parfait vaut environ sept fois la hauteur de la tête.
Phidias · vers −490 à −430
Le chef de chantier
Il dirige les sculptures du Parthénon et réalise deux statues géantes d’or et d’ivoire, Athéna à Athènes et Zeus à Olympie. Il ne reste que des copies et des descriptions.
Praxitèle · vers −340
La douceur
Ses corps se détendent, appuyés sur un support, le regard rêveur. C’est le sculpteur le plus admiré de l’Antiquité, copié pendant des siècles.
Une statue, un modèle, une histoire
Une koréjeune fille drapée, au sourire figé ; offerte à une déesseUne statuette de Tanagraen terre cuite peinte : une femme qui se drape dans son manteauLe cheval géométriqueun bronze offert aux dieux, vers −750 : des formes simples
Les vases racontent
À Athènes, un vase n’est pas un bibelot : on y mélange le vin et l’eau, on y verse l’huile, on y garde l’eau. Mais le peintre en fait un tableau, avec des scènes de dieux, de guerre, de fête, de sport et de métier. Vers −700, on dessine en noir sur le fond orange, avec une pointe qui gratte la silhouette pour dégager les détails : c’est la technique des figures noires. Vers −530, à Athènes, on fait l’inverse : on peint le fond en noir et on réserve les personnages, qui restent de la couleur de l’argile, avec des détails au pinceau : les figures rouges. Les visages, les plis des vêtements, les muscles deviennent bien plus souples.
Les artistes signent parfois leurs vases. Un grand potier du VIe siècle, Exékias, a laissé plusieurs œuvres signées de sa main : l’un des premiers artistes qu’on connaît par son nom.
Figures noiressilhouettes noires, détails gravés, vers −700 à −500Figures rougespersonnages réservés, détails au pinceau, dès −530Lécythe à fond blancflacon à huile, déposé dans les tombes, vers −450
Comment un vase devient noir et orange
Le peintre ne dispose que d’une argile et d’un four, sans vernis. Pourtant le vase sort noir et orange en une seule cuisson : c’est de la chimie. Avance dans les trois temps.
Dans le four du potier
Le même vase, vu de l’intérieur du four : pourquoi la flamme ne le touche pas, et comment on joue avec l’air. Clique sur les numéros.
Les grandes peintures ont disparu
Les Grecs admiraient leurs peintres sur panneaux de bois : Zeuxis, Apelle, Polygnote. Mais le bois pourrit et le bronze fond. Il n’en reste presque rien. Pour voir comment les Grecs peignaient, on regarde donc les vases, quelques tombes (comme la « tombe du Plongeur » à Paestum, en Italie du Sud, vers −470) et les mosaïques.
Les mosaïques de la ville macédonienne de Pella (vers −300) sont faites de petits galets de couleur, avec de minces lamelles d’argile ou de plomb pour dessiner les contours, ce qui donne l’impression d’une peinture. Sur l’une d’elles, deux hommes affrontent un lion.
Une mosaïque de galetsdes petits cailloux de rivière, rangés comme des pixels
Le bronze, presque entièrement perdu
Un bronze, c’est du métal précieux : à la chute de l’Empire, on les a presque tous fondus pour refaire des armes et des chaudrons. Ce que l’on voit dans les musées, ce sont surtout des copies romaines en marbre.
Août 1972 · Calabre
Deux guerriers sortent de l’eau
Un plongeur amateur, Stefano Mariottini, aperçoit un bras qui dépasse du sable, à quelques mètres sous l’eau, au large de Riace (Italie du Sud). Ce sont deux grands bronzes grecs, hauts de près de deux mètres, faits vers −460 et −430. On ne sait pas pourquoi ils étaient là : naufrage, ou statues jetées d’un bateau pendant une tempête. Ils sont aujourd’hui au musée de Reggio de Calabre.
La méthode
La cire perdue
Le sculpteur modèle sa statue en cire, la recouvre d’argile, puis chauffe : la cire fond et s’écoule, laissant un moule creux. On y coule le bronze. Une fois refroidi, on casse le moule et on polit. Chaque statue est un exemplaire unique.
Dans la vraie vie
Les temples étaient colorés
Les frontons du temple d’Aphaia à Égine (vers −500), conservés à Munich, gardent encore des traces de peinture. À partir de ces traces, des chercheurs ont reconstitué des copies peintes : un archer avec une tenue à motifs colorés, des lèvres rouges, des yeux soulignés. Elles voyagent depuis les années 2000 dans des expositions (« Gods in Color », « Les dieux en couleurs »). Certains visiteurs les trouvent voyantes : c’est que nous avons gardé de la Grèce l’image d’un marbre blanc, devenue un idéal bien après les Grecs.
À retenir
Les statues passent de la pose raide (kouros, koré) au contrapposto (vers −440), puis au mouvement dramatique de l’époque hellénistique.
Les vases à figures noires (vers −700) puis rouges (vers −530) sont les tableaux de l’époque ; la couleur vient d’une seule cuisson en trois temps.
Statues et temples étaient peints ; les grands bronzes et les peintures sur bois ont presque tous disparu.
Dans le reste de Tessera
Les salles de Culture continuent cette histoire des images.
Les cités grecques se font souvent la guerre, et presque tout citoyen est un soldat. On se bat en ligne serrée, épaule contre épaule : la solidité de la ligne compte plus que le courage d’un seul. Contre la Perse, ce mur de boucliers sauve la Grèce.
Avant de lire : fais une hypothèse
Le soldat grec porte son bouclier rond au bras gauche et sa lance à droite. Quand deux armées avancent l’une vers l’autre en ligne serrée, que se passe-t-il ?
Bonne piste. Le soldat est protégé à gauche par son propre bouclier, mais son côté droit n’est couvert que par le bouclier de son voisin de droite. Par réflexe, chacun se serre vers la droite, et toute la ligne dérive de ce côté. L’historien Thucydide le décrit à propos de la bataille de Mantinée (−418) : l’aile droite de chaque armée déborde l’aile gauche d’en face. Les chefs en tiennent compte : on place les meilleurs soldats à droite, et on tente de prendre l’ennemi par le flanc. Essaie.
Le citoyen-soldat
Dans la plupart des cités, il n’y a pas d’armée de métier. Le hoplite est un citoyen assez aisé (paysan ou artisan) pour payer lui-même son équipement. L’ensemble s’appelle la panoplie : en bronze, elle pèse jusqu’à une trentaine de kilos. Beaucoup portent aussi une cuirasse de lin collé, plus légère et moins chère.
La lance (dory), longue de 2,5 m environ, est l’arme principale. Si elle se brise, on sort l’épée courte, le xiphos. Les soldats forment la phalange : une ligne de huit rangs de profondeur ou davantage, boucliers qui se touchent. Celui qui rompt la ligne met en danger son voisin, d’où l’honneur de rester à sa place. À l’inverse, jeter son bouclier pour fuir est une honte : Plutarque rapporte que les mères spartiates disaient à leur fils : « Reviens avec ton bouclier, ou dessus. »
Le casque corinthienbronze qui couvre tout le visage ; on le relève sur le front au reposLa cuirassebronze moulé sur le torse, ou lin collé en plusieurs couchesLes cnémidesjambières de bronze, assez souples pour tenir par pincementL’aspisun grand bouclier rond d’environ 90 cm, bois recouvert de bronzeLe doryune lance d’environ 2,5 m, avec une pointe de fer et un talon de bronzeLe xiphosune épée courte à double tranchant, d’environ 60 cm
Les guerres médiques : David contre Goliath ?
Au début du Ve siècle avant notre ère, l’empire perse est le plus vaste du monde. Quand des cités grecques d’Asie Mineure se révoltent contre lui (−499), Athènes les aide. Le roi Darius veut châtier Athènes. Voici les deux invasions : choisis-en une.
−490 · Marathon
Les Athéniens attaquent
Environ 10 000 hoplites athéniens et un millier de Platéens affrontent l’armée perse débarquée en Attique. Callimaque commande, Miltiade conduit l’attaque. D’après Hérodote, 192 Athéniens meurent, contre 6 400 Perses.
−480 · Thermopylées
Le défilé tenu
Léonidas, roi de Sparte, bloque l’armée de Xerxès dans un défilé étroit avec 300 Spartiates et plusieurs milliers d’alliés. Trahi par un Grec qui montre un sentier de montagne aux Perses, il renvoie la plupart de ses soldats, mais reste avec les Spartiates et 700 Thespiens, qui meurent sur place.
−480 · Salamine
La mer fait la différence
Athènes est évacuée. Thémistocle attire la flotte perse dans un détroit trop étroit pour elle : les trières grecques, plus maniables, remportent la bataille. Xerxès, qui regarde depuis la côte, rentre en Asie.
−479 · Platées
La victoire sur terre
Une grande armée grecque, commandée par les Spartiates, bat l’armée perse restée en Grèce. La menace s’éloigne pour une génération, et Athènes, forte de sa flotte, prend la tête d’une ligue de cités.
Tout le monde connaît l’histoire du coureur qui annonce la victoire à Athènes avant de mourir d’épuisement. Elle apparaît plus de cinq siècles après la bataille. Hérodote, lui, parle d’un autre coureur : Philippidès, envoyé demander l’aide de Sparte avant la bataille. À quelle vitesse faut-il courir ?
Trois visages de la guerre
Sparte · mort en −480
Léonidas
Il tient le défilé. Roi de Sparte, il choisit 300 hommes qui ont des fils pour poursuivre la lignée. À Thermopylées, il retient pendant trois jours une armée bien plus nombreuse, puis reste pour couvrir la retraite. Son sacrifice donne le temps aux autres Grecs de s’organiser.
Athènes · vers −524 à −459
Thémistocle
Il fait confiance à la flotte. Il convainc les Athéniens d’employer l’argent des mines du Laurion pour construire des trières, et il gagne à Salamine. Une dizaine d’années plus tard, il est banni par ostracisme, s’enfuit chez les Perses, ses anciens ennemis, et y finit sa vie.
Pella · −356 à −323
Alexandre
Il conquiert l’empire perse. Élève d’Aristote, roi à 20 ans, il se lance à l’assaut de la Perse avec l’armée de son père. En dix ans, il atteint l’Inde sans perdre une grande bataille, puis meurt à 32 ans, à Babylone. Gaugamèles dans Histoire →
Athènes contre Sparte : vingt-sept ans de guerre
Après la victoire sur les Perses, deux cités dominent : Athènes, puissance de la mer et chef d’une ligue de cités alliées, et Sparte, puissance de la terre et de sa propre ligue. Elles finissent par s’affronter.
−431
La guerre commence
Périclès choisit de ne pas combattre sur terre : les Athéniens s’abritent derrière leurs remparts pendant que Sparte ravage la campagne. La flotte, elle, harcèle les côtes ennemies.
−430 à −426
La peste
Dans la ville bondée, une épidémie tue une grande partie de la population. Périclès meurt à son tour (−429). Thucydide, qui l’a eue, la décrit avec précision.
−415 à −413
Le désastre de Sicile
Athènes envoie une immense expédition prendre Syracuse. C’est un échec total : la flotte est détruite et l’armée presque anéantie.
−404
Sparte gagne, avec l’argent perse
Le Spartiate Lysandre détruit la dernière flotte athénienne, financé par le roi de Perse. Athènes se rend, et ses Longs Murs sont démolis au son des flûtes.
Philippe et Alexandre : la fin de l’indépendance
Au nord de la Grèce, la Macédoine est un royaume que les Grecs du sud regardent de haut. Le roi Philippe II (−359 à −336) en fait la première puissance. Il réorganise l’armée : une phalange à la lance très longue, la sarisse (5 à 6 m, tenue à deux mains), des cavaliers de choc et des troupes légères comme les frondeurs. En −338, à Chéronée, il bat Athènes et Thèbes. Les cités grecques perdent leur indépendance de fait, et Philippe prépare la guerre contre la Perse. Il est assassiné en −336.
Son fils Alexandre, 20 ans, reprend le projet. Clique sur chaque étape de sa route.
La sarisseplus longue que la lance de la phalange grecque : les pointes de plusieurs rangs dépassentUne balle de frondedu plomb en forme d’amande, lancé à plus de cent mètres
D’habitude, les Athéniens morts à la guerre étaient enterrés à Athènes, dans le cimetière public du Céramique. Ceux de Marathon, par honneur, ont été enterrés sur le champ de bataille même, sous un tumulus qu’on voit toujours en Attique, à l’endroit où il fut élevé. Fouillé à la fin du XIXe siècle, il contenait des cendres et des vases. Pour les Thermopylées, Simonide écrivit une épitaphe : « Passant, va dire à Sparte que nous gisons ici, fidèles à ses lois. »
À retenir
Le hoplite est un citoyen-soldat ; sa force est la phalange, un mur de boucliers qui dérive vers la droite.
Marathon (−490), Thermopylées et Salamine (−480), Platées (−479) : la Grèce repousse deux invasions perses.
Athènes et Sparte s’épuisent dans une guerre de vingt-sept ans (−431 à −404), puis la Macédoine de Philippe et d’Alexandre prend le dessus.
Dans le reste de Tessera
Batailles et empires : mets-toi à la place des chefs.
Une civilisation morte il y a 2 000 ans, mais qui parle encore dans ton cartable : des mots, des lettres, des théorèmes, un stade, un tirage au sort, des colonnes sur la façade de la mairie. Ici, tu relies la Grèce à ce qui vient avant et après, puis tu fais le bilan.
Avant et après : qui donne, qui reçoit ?
Aucune civilisation n’invente tout seule. Clique sur chaque étape pour voir ce que la Grèce reçoit et ce qu’elle donne.
Crète, Phénicie, Égypte, Mésopotamie. Les Minoens et les Mycéniens ont déjà des palais et des tablettes avant les cités. Les Phéniciens donnent l’alphabet, que les Grecs complètent avec des voyelles. Les premières grandes statues de pierre, les kouroi, rappellent les statues égyptiennes. La monnaie vient du royaume de Lydie, en Asie Mineure. Et l’astronomie grecque s’appuie sur des observations babyloniennes du ciel, accumulées depuis des siècles. Les Grecs eux-mêmes admettent ce qu’ils doivent à l’Égypte, qu’Hérodote et Platon visitent ou citent avec respect.
Grèce. Des cités qui se disputent, mais parlent la même langue et partagent mêmes dieux, mêmes Jeux et même alphabet. Elles inventent des mots pour penser : politique, histoire, philosophie, théâtre. Elles essaient la démocratie, la géométrie démontrée, l’histoire comme enquête, la tragédie. Elles donnent moins des réponses que de nouvelles façons de poser les questions.
Perse (−490 à −330). L’ennemi, puis un voisin. Après les guerres médiques, Perses et Grecs commercent, se battent, s’allient : Athènes et Sparte rivalisent même pour obtenir l’or du roi. Des mercenaires grecs servent chez les Perses, et Xénophon raconte leur retraite dans l’Anabase. Un mot persan, pairidaeza (« enclos », un jardin du roi), passe en grec sous la forme paradeisos et donne notre « paradis ».
Les royaumes d’Alexandre (−323 à −30). Après la mort d’Alexandre, ses généraux se partagent l’empire. Les Ptolémées règnent sur l’Égypte depuis Alexandrie, ses savants et sa Bibliothèque. Un grec commun, la koinè, devient la langue du commerce et de la culture de l’Égypte à l’Asie centrale : plus tard, c’est en grec que seront écrits les évangiles. En Afghanistan et au nord de l’Inde, des rois grecs gouvernent, et l’art grec rencontre le bouddhisme.
Rome. Rome conquiert la Grèce (Corinthe est détruite en −146) mais lui emprunte presque tout : dieux rebaptisés, statues copiées, théâtre, philosophie, médecine. Les jeunes Romains riches vont étudier à Athènes ; Cicéron y a étudié, et l’empereur Marc Aurèle écrit ses Pensées en grec. Un poète romain, Horace, résume : la Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur. C’est par Rome que le monde grec arrive jusqu’à nous.
Dans ta vie aujourd’hui
Les mots
Des mots grecs partout
« Démocratie » (dêmos, le peuple, et kratos, le pouvoir), « théâtre », « idée », « école » (scholê, le temps libre), « téléphone » (têle, loin, et phônê, la voix). Une grande part du vocabulaire des sciences, de la médecine et de la technique est faite avec des morceaux de grec.
Les lettres
De alpha à oméga
Notre alphabet est le petit-fils de l’alphabet grec. Et les maths, la physique et la chimie en utilisent encore les lettres : π pour le cercle, Δ pour une variation, Σ pour une somme.
Le tirage au sort
Des jurés, comme à Athènes
Les héliastes athéniens étaient tirés au sort. Aujourd’hui, en France, les jurés d’assises (qui jugent les crimes) sont eux aussi tirés au sort sur les listes électorales. Le vote, le débat public et la loi écrite viennent de la même idée.
Les sciences
Euclide, Pythagore, Thalès
On apprend encore leurs théorèmes, et la géométrie d’Euclide sert de modèle pour démontrer. Les médecins prêtent un serment inspiré de celui d’Hippocrate, qui rappelle le devoir de soigner et de se taire sur ce que l’on apprend des malades.
Les pierres
Colonnes et frontons
Les façades à colonnes et fronton, tribunaux, banques, musées, parlements, copient les temples grecs, souvent par l’intermédiaire de Rome. L’Assemblée nationale, à Paris, a une façade de douze colonnes d’ordre corinthien.
Le stade
Les Jeux reviennent
En 1894, Pierre de Coubertin fonde le Comité international olympique à Paris. Les premiers Jeux modernes ont lieu à Athènes en 1896, dans un stade antique restauré en marbre. Le premier marathon de l’histoire s’y court sur environ 40 km, et le Grec Spyridon Louis le gagne en 2 h 58 min 50 s.
Olympie, il y a 2 500 ansune couronne d’olivier sauvage : la seule récompenseAthènes, 1896une médaille d’argent : une figure assise tient une petite Victoire
Des mots grecs dans ton cartable
Tu connais déjà plein de mots grecs sans le savoir. Devine ce qu’ils voulaient dire à l’origine.
Redécouvrir la Grèce
1687
Pendant un siège, l’armée vénitienne bombarde l’Acropole : un boulet fait exploser la poudre que les Ottomans stockaient dans le Parthénon.
1801-1812
Lord Elgin, ambassadeur britannique, fait enlever des sculptures du Parthénon. Elles sont vendues à l’État britannique en 1816 et sont au British Museum : la Grèce demande leur retour.
1821-1830
Les Grecs se soulèvent contre l’Empire ottoman. L’Europe, nourrie d’Antiquité, s’enflamme pour leur cause. La Grèce moderne est reconnue indépendante en 1830.
1870-1876
Heinrich Schliemann fouille à Hissarlik (Troie, à partir de 1870), puis à Mycènes (1876). Il révèle une Grèce plus ancienne que les poèmes d’Homère.
1896
Les premiers Jeux olympiques modernes, à Athènes.
1900
Arthur Evans commence à fouiller Cnossos, en Crète, et révèle la civilisation minoenne.
1952
Michael Ventris déchiffre le linéaire B : c’est du grec, vieux de 3 300 ans.
1987
La trière « Olympias », reconstruite par des ingénieurs, prend la mer avec 170 rameurs volontaires.
2009
Le nouveau musée de l’Acropole ouvre au pied de la colline, avec une galerie dédiée à la frise du Parthénon : les morceaux conservés à Londres y sont remplacés par des copies en plâtre.
Trois idées reçues
« Ils étaient 300 contre toute l’armée perse »
Les 300 Spartiates de Léonidas étaient accompagnés de plusieurs milliers de soldats d’autres cités, dont 700 Thespiens qui sont restés jusqu’au bout. L’exploit est réel, mais il n’est pas seulement spartiate.
« La Grèce, c’était un pays »
Non : des centaines de cités indépendantes, parfois alliées, souvent en guerre. Un État grec unifié n’existe que depuis 1830.
« Les Grecs ont tout inventé »
Ils ont beaucoup repris : l’alphabet des Phéniciens, la monnaie des Lydiens, des statues et des calculs de l’Égypte et de Babylone. Leur force est d’avoir transformé ces emprunts et d’avoir cherché à les expliquer.
Bilan : dix questions
Pour vérifier que tu as retenu l’essentiel. Pas de note, juste des explications.
Et après ?
Perse, Rome… bientôt
Cet onglet est le dernier de la Grèce. Les autres civilisations suivront dans le même format. Pour prolonger, tu peux explorer les batailles de l’Antiquité, les inventions grecques ou la vie d’Alexandre dans Histoire.