Du premier roi qui unit les « Deux Terres » (vers −3100) à la mort de Cléopâtre VII (−30), l’Égypte reste debout plus de trois mille ans. Ici, tu la regardes sous onze angles : le fleuve, le pouvoir, les dieux, l’écriture, les chantiers, les savoirs, la vie, l’art, le monde, et ce qu’elle nous a laissé.
De la naissance de l’État (vers −3100) à la fin de l’Égypte des pharaons (−30). C’est plus long que de la fin de l’Empire romain à aujourd’hui.
−3100
Début. La Haute et la Basse-Égypte sont réunies en un seul royaume, souvent attribué au roi Narmer.
−30
Fin. Cléopâtre VII meurt, Octave prend Alexandrie : l’Égypte devient une province romaine.
1 fleuve
Presque tout se passe sur les rives du Nil : une bande verte d’une dizaine de kilomètres de large au milieu du désert.
Avant de lire : fais une hypothèse
Cléopâtre VII (née en −69) est plus proche, dans le temps, de quoi ?
Bonne piste. De Cléopâtre à la Grande Pyramide : environ 2 490 ans. De Cléopâtre à 1969 : environ 2 040 ans. La pyramide était déjà vieille de 25 siècles quand Cléopâtre est née. Voilà ce que veut dire « 3 000 ans » : une durée qui dépasse l’imagination.
Les grandes périodes
Les historiens découpent cette histoire en « empires » (le pouvoir est fort, le pays unifié) séparés par des « périodes intermédiaires » (le pouvoir se fragmente). Clique sur une période.
Où ça se passe
Le Nil coule du sud vers le nord. Voilà pourquoi la Haute-Égypte est au sud et la Basse-Égypte au nord : on nomme les régions selon le courant, pas selon la carte. Clique sur un lieu.
Avant, pendant, après
Avant
Le Sahara se dessèche
Il y a 10 000 à 6 000 ans, le Sahara est une savane parsemée de lacs. En séchant (vers −5000 à −3500), il pousse les troupeaux et les familles vers la vallée du Nil. En Mésopotamie, voisine, l’écriture apparaît à peu près à la même époque.
Pendant
Un État qui s’invente tout seul
Un roi, une administration, une écriture, des chantiers de pierre, une religion qui organise la vie et la mort. Ce modèle tient avec des hauts et des bas pendant 3 000 ans.
Après
Perses, Grecs, puis Romains
L’Égypte est conquise par les Perses (−525), puis par Alexandre le Grand (−332), dont les successeurs, les Ptolémées, la gouvernent 300 ans. Rome la prend en −30 : l’Égypte devient son grenier à blé.
Ton parcours
Dix autres onglets t’attendent. Tu peux les faire dans l’ordre ou sauter où tu veux.
Dans le reste de Tessera
Tout se rejoint : ce que tu vois ici a des prolongements ailleurs, et un miroir en Grèce.
« L’Égypte est un don du fleuve », écrit l’historien grec Hérodote vers −450. Il ne pleut presque jamais, mais chaque été le Nil déborde et laisse un limon noir très fertile. Cette crue règle les saisons, le travail, les impôts et même les dieux.
Deux terres, deux couleurs
Kemet
La Terre noire
Les rives couvertes de limon, où tout pousse. Les Égyptiens appellent leur pays Kemet, « la Noire ». Presque tous les habitants vivent là.
Deshret
La Terre rouge
Le désert, de part et d’autre : sable, roche, chaleur. Il protège l’Égypte des invasions, et c’est aussi le domaine des morts, des mines et des fauves.
Avant de lire : fais une hypothèse
Dans quelle direction coule le Nil ?
Oui, vers le nord. Il naît loin au sud, en Afrique de l’Est. Conséquence : la Haute-Égypte (en amont, en haut du fleuve) est au sud, la Basse-Égypte (le delta) est au nord. Les marins profitent d’un autre fait : le vent souffle presque toujours du nord. Pour aller vers le sud, on hisse la voile ; pour aller vers le nord, on se laisse porter par le courant. Dans l’écriture égyptienne, un bateau avec voile veut dire « remonter le fleuve », un bateau sans voile veut dire « le descendre ».
Une année, trois saisons
Chaque été, les pluies de mousson sur les hauts plateaux d’Éthiopie gonflent le Nil Bleu, qui apporte la plus grande partie de l’eau de la crue. L’eau arrive en Égypte en juillet, atteint son maximum en septembre, puis se retire. Les Égyptiens ont trois saisons de quatre mois, calées sur le fleuve. Fais glisser le curseur le long de l’année.
Vivre de la crue
Retenir l’eau
Les champs sont entourés de digues et divisés en bassins. L’eau y reste plusieurs semaines, laisse son limon, puis on la renvoie vers le fleuve par des canaux. Plus tard (vers −1500), le chadouf, un balancier à seau, permet d’arroser les jardins en hauteur.
Les cultures
Blé amidonnier pour le pain, orge pour la bière, lin pour les vêtements, papyrus pour écrire et tresser, lentilles, oignons, ail, figues, raisin. Les troupeaux paissent les bords du fleuve.
Mesurer et taxer
Après chaque crue, des arpenteurs, les « tendeurs de cordes », retracent les limites des champs effacées par l’eau. L’impôt dépend de la crue : on la mesure avec des nilomètres. Les Grecs y voyaient l’origine de la géométrie.
Lis le nilomètre
Un nilomètre est une échelle graduée en coudées (1 coudée ≈ 52 cm) plongée dans le fleuve. Plus tard, Pline l’Ancien (Ier siècle ap. J.-C.) donne les repères que les Égyptiens de son époque associaient à chaque niveau. Déplace le curseur et lis ce que le scribe annonce au pharaon.
Un nilomètre vu en coupe
À Éléphantine, un escalier descend jusqu’au fleuve : on lit la crue sur les marches.
Dans la vraie vie
Le fleuve ne déborde plus depuis 1970
Le haut barrage d’Assouan, achevé en 1970, retient l’eau dans le lac Nasser. L’Égypte n’a plus de crue : le limon s’arrête dans le lac et les paysans emploient des engrais. Pour sauver les temples d’Abou Simbel de la montée du lac, on les a déplacés, pierre par pierre (1964-1968).
Dans le reste de Tessera
Le fleuve explique beaucoup de choses. D’autres parcours reprennent l’idée.
Un roi qui est à moitié dieu, un premier ministre, des milliers de scribes : l’Égypte invente très tôt un État qui compte ses champs, ses grains et ses hommes. Son but : que l’ordre du monde, la Maât, ne s’effondre jamais.
Le roi et la Maât
Pharaon, la « Grande Maison »
Le mot « pharaon » vient de per-âa, « la grande maison », c’est-à-dire le palais. Vers −1400, on commence à nommer ainsi le roi lui-même. Il est l’Horus vivant, le fils du dieu-soleil Rê, et à sa mort il devient Osiris.
Sa mission : faire vivre la Maât
La Maât est l’ordre, la justice et la vérité. Le pharaon doit la maintenir contre le chaos : crues régulières, récoltes, paix, temples bâtis. Si la crue échoue ou si le pays est envahi, c’est que la Maât est en danger, donc que le roi a failli.
Les signes du pouvoir
On reconnaît un pharaon à ce qu’il porte. Ces objets sont des reconstitutions : aucune couronne royale n’a survécu jusqu’à nous.
Couronne blancheHaute-Égypte, le sudCouronne rougeBasse-Égypte, le deltaDouble couronneles Deux Terres réuniesCouronne bleuele pharaon à la guerreNémèscoiffe de lin rayé, avec le cobraCrosse et fléauguider et protéger le troupeauL’uræusle cobra d’or du front, qui crache le feu sur les ennemisLa fausse barbeattribut divin : même les reines pharaons la portent
Avant de lire : fais une hypothèse
Le pharaon est tout-puissant. Alors qui gère, au jour le jour, les tribunaux, les greniers et les impôts ?
Le vizir (tjaty en égyptien) est le bras droit du roi : juge suprême, chef des greniers et du trésor, il reçoit les rapports de tout le pays chaque matin. Au Nouvel Empire, il y en a même deux, un pour le sud et un pour le nord. Les textes disent qu’il « voit tout, entend tout » : sans lui, un pays aussi long et étroit ne tiendrait pas.
Comment l’État fonctionne
Pharaonroi-dieu, propriétaire théorique de tout le pays
Vizir, grand prêtre, générauxgouvernent au nom du roi
Nomarques et hauts fonctionnairesdirigent les 42 provinces (les « nomes »)
Scribes, prêtres, artisans, soldatsles gens qui savent écrire, bâtir, se battre
Paysansl’immense majorité ; ils paient l’impôt en grain et donnent des journées de travail
Il existe aussi des serviteurs et, surtout au Nouvel Empire, des prisonniers de guerre employés comme esclaves. Les bâtisseurs de pyramides, eux, n’en sont pas (voir l’onglet 6).
Des femmes au sommet
Les femmes égyptiennes peuvent posséder des biens, signer des contrats, divorcer, aller en justice. Quelques-unes règnent : Sobekneferou (vers −1800, la première dont l’existence est certaine), Hatchepsout, Taousret, et la dernière de toutes, Cléopâtre VII.
Treize figures pour comprendre
Fais défiler : de Narmer à Cléopâtre, chacun change quelque chose (et ce ne sont pas tous des rois). Les portraits sont des illustrations imaginées pour Tessera : on ne connaît pas leur vrai visage.
Époque thinite · vers −3100
Narmer
Il unit le pays. Sur sa célèbre palette de schiste, il porte tour à tour la couronne blanche et la couronne rouge. On sait peu de choses sûres sur lui ; certains historiens l’identifient au « Ménès » des listes royales.
Ancien Empire · vers −2650
Djéser
Il bâtit en pierre. Son architecte Imhotep construit à Saqqarah la première grande pyramide, à six degrés, haute d’environ 60 m : le premier monument de pierre de cette taille.
Ancien Empire · vers −2650
Imhotep
Le premier architecte connu. Vizir de Djéser, c’est lui, d’après la tradition, qui conçoit la pyramide à degrés de Saqqarah. Il est si admiré qu’on en fera plus tard un dieu de la médecine et de la sagesse.
Ancien Empire · vers −2590 à −2566
Khéops
Il bâtit le plus grand. La Grande Pyramide de Gizeh (146 m) reste la plus haute construction du monde pendant près de 3 800 ans. De lui, on ne conserve qu’une minuscule statuette d’ivoire.
Moyen Empire · vers −1870 à −1840
Sésostris III
Un roi qui n’a pas l’air heureux. Il mène des campagnes en Nubie, bâtit des forteresses près de la deuxième cataracte et reprend le pouvoir aux grands gouverneurs de province. Ses statues au visage creusé, aux paupières lourdes, sont parmi les portraits les plus saisissants de l’art égyptien.
Nouvel Empire · vers −1479 à −1458
Hatchepsout
Une femme pharaon. Elle règne en paix, organise l’expédition vers le pays de Pount et bâtit le temple de Deir el-Bahari. Elle se fait représenter en roi, avec la fausse barbe. Sa page dans Histoire →
Nouvel Empire · vers −1479 à −1425
Thoutmosis III
Il fonde l’empire. Environ dix-sept campagnes, dont Megiddo (vers −1457) : l’Égypte domine du Soudan actuel à l’Euphrate. Un historien du XXe siècle l’a surnommé le « Napoléon égyptien ».
Nouvel Empire · vers −1353 à −1336
Akhénaton
Il change de dieu. Il met Aton, le disque solaire, au-dessus de tous les autres, fonde une capitale neuve à Amarna et inspire un art nouveau, très humain. Après sa mort, on efface son nom des monuments.
Nouvel Empire · vers −1370 à −1330
Néfertiti
« La belle est venue ». Grande épouse royale d’Akhénaton, elle apparaît à ses côtés, à égalité, sur de nombreux reliefs d’Amarna. Son buste de calcaire peint, trouvé à Amarna en 1912 et conservé à Berlin, est l’une des œuvres les plus célèbres de l’Antiquité. On ne sait pas comment sa vie s’achève.
Nouvel Empire · vers −1336 à −1327
Toutânkhamon
L’enfant-roi. Roi vers neuf ans, mort vers dix-huit, il rétablit les anciens dieux. Son règne est mineur, mais sa tombe, presque intacte, est découverte par Howard Carter en 1922.
Nouvel Empire · vers −1279 à −1213
Ramsès II
Le roi de 66 ans de règne. Bataille de Qadesh contre les Hittites (vers −1274), puis l’un des premiers traités de paix connus. Il bâtit partout, dont Abou Simbel, et a une centaine d’enfants.
Troisième période intermédiaire · vers −744 à −714
Piânkhy
Le roi venu du sud. Roi de Napata, en Nubie, il descend le Nil, prend Memphis et reçoit la soumission des petits rois du delta (vers −728). Il fonde la 25e dynastie, celle des pharaons kouchites, et se fait enterrer sous une petite pyramide à El-Kourrou.
Époque ptolémaïque · −51 à −30
Cléopâtre VII
La dernière. D’origine grecque, mais seule de sa famille à apprendre l’égyptien. Alliée de César puis d’Antoine, vaincue à Actium (−31), elle meurt en −30. Sa page dans Histoire →
À retenir
Le pharaon est un roi-dieu garant de la Maât, l’ordre du monde.
Le vizir et les scribes font tourner l’État : impôts en grain, journées de travail, archives.
Les femmes ont des droits réels ; quelques-unes règnent.
Dans le reste de Tessera
Les rois et les reines d’Égypte ont leur page : tu prends leurs décisions.
Pour les Égyptiens, le monde tient parce que les dieux l’habitent : le soleil, le fleuve, le vent, l’écriture, la mort. Ils sont des centaines. Et la mort n’est pas une fin, mais un passage qu’il faut préparer.
Quinze dieux à connaître
Un dieu égyptien a souvent une tête d’animal : ce n’est pas un animal qu’on adore, c’est une qualité qu’on lui prête (la vigilance du faucon, la ruse du chacal, la précision de l’ibis…). Choisis un dieu, observe-le, fais ton hypothèse : à quoi sert-il ? Puis découvre son histoire, ses lieux, sa famille.
Quatre signes qu’on porte sur soi
L’ânkhla vie ; les dieux le tendent au roiL’œil oudjatl’œil d’Horus, qui protège et guéritLe scarabéele soleil qui renaît chaque matinLe pilier djedla stabilité ; l’épine d’Osiris
Le mythe d’Osiris
C’est l’histoire la plus importante de l’Égypte : elle explique pourquoi le roi est Horus, pourquoi les morts deviennent Osiris, et pourquoi on peut espérer renaître.
Avant de lire : fais une hypothèse
Pourquoi les Égyptiens prennent-ils tant de peine à conserver le corps des morts ?
Oui. Une personne est faite de plusieurs parties : le corps, le ka (force vitale, qui a besoin de nourriture offerte) et le ba (l’esprit, oiseau à tête humaine qui voyage le jour). Pour vivre dans l’au-delà, ils doivent retrouver un corps reconnaissable. Les premiers morts avaient été conservés par le sable chaud : découvre la momie naturelle de Gébélein, dans Histoire →
Fabriquer une momie : 70 jours
Le mot « momie » vient de l’arabe mūmiyā, « bitume » : au Moyen Âge, on croyait ces corps noircis enduits de bitume. Avance étape par étape.
Le natronun sel qui dessèche : le corps y reste une quarantaine de joursLes vases canopesfoie, poumons, estomac et intestins, sous la garde des quatre fils d’HorusMême les chatson momifie des millions d’animaux, offrandes aux dieux
Le jugement des morts
Ce moment est le plus célèbre du Livre des morts : un recueil de formules magiques qu’on glisse dans la tombe pour guider le défunt. Place la plume et le cœur, puis regarde le verdict.
Les temples, maisons des dieux
Le dieu habite sa statue
Un temple n’est pas une église où l’on prie ensemble : c’est la maison du dieu. Chaque matin, les prêtres le réveillent, le lavent, l’habillent et lui offrent à manger. Le peuple n’entre pas dans les salles intérieures.
Les grandes fêtes
Chaque année, pendant la fête d’Opet à Thèbes, la statue d’Amon quitte Karnak dans une barque sacrée portée par les prêtres et rejoint le temple de Louxor. Le peuple chante, danse et reçoit du pain et de la bière.
Un seul dieu ?
L’essai d’Akhénaton (vers −1350)
Le pharaon Akhénaton donne la première place au disque solaire Aton, ferme certains temples d’Amon et fonde une nouvelle ville. Ce culte presque exclusif ne lui survit pas : son fils (ou successeur) Toutânkhamon rétablit les anciens dieux. Les historiens discutent encore : est-ce du monothéisme, ou un culte royal ?
À retenir
Les dieux incarnent des forces : Rê le soleil, Osiris la mort et la renaissance, Thot le savoir, Isis la magie…
Le roi vivant est Horus ; à sa mort, il devient Osiris, comme tout défunt qui réussit le jugement.
On momifie pour que le ka et le ba retrouvent leur corps ; on dépose des offrandes et des ouchebtis (serviteurs) dans la tombe.
Dans le reste de Tessera
Les dieux, la mort, les mots : trois fils à tirer ailleurs.
Vers −3300, les Égyptiens se mettent à noter leur langue avec de petits dessins. Pendant plus de 3 000 ans, ils vont écrire des comptes, des lois, des poèmes, des prières et des contes. Puis, plus personne ne sait les lire… jusqu’en 1822.
Avant de lire : fais une hypothèse
Comment fonctionnent les hiéroglyphes ?
Oui, c’est une écriture complète. Elle mélange trois sortes de signes : des signes-sons (comme nos lettres), des signes-mots (le dessin d’un soleil veut dire « soleil »), et des signes-indices posés à la fin d’un mot pour dire de quelle catégorie il est (un petit homme assis pour un métier). Dans l’atelier ci-dessous, tu vas toi-même le démontrer, comme Champollion.
Quatre écritures pour une langue
Dès −3300 environ
Hiéroglyphes
Les « paroles des dieux » : gravés dans la pierre, peints sur les tombes. Environ 700 signes d’usage courant sous le Moyen Empire, plus de 5 000 à la fin.
Dès −2600 environ
Hiératique
La version cursive : on écrit à l’encre sur papyrus avec un roseau, sans lever la main. C’est l’écriture des scribes.
Dès −650 environ
Démotique
La « populaire », encore plus rapide, pour les affaires, les contrats, les lettres.
Dès le IIe siècle ap. J.-C.
Copte
Les Égyptiens chrétiens écrivent leur langue avec l’alphabet grec plus quelques lettres démotiques. La dernière inscription hiéroglyphique datée est de l’an 394, à Philæ.
Écris ton prénom
Les Égyptiens notent des sons et laissent de côté la plupart des voyelles. Voici une transcription moderne, comme en proposent les musées. Tape ton prénom ; le cartouche (la corde qui entoure les noms de rois) est offert.
Écris un nombre
Les Égyptiens comptent en base 10, mais sans zéro ni position : ils répètent le signe de chaque puissance de 10 autant de fois qu’il faut. Plus le nombre est grand, plus il est long à écrire.
Le jour où on a retrouvé la clé
1799 : la pierre de Rosette
Des soldats de l’expédition de Napoléon trouvent près de Rosette une grande stèle de granodiorite. Elle porte le même décret, daté de −196 (sous Ptolémée V), en trois écritures : hiéroglyphes, démotique et grec. On sait lire le grec : la clé est là… mais personne ne sait par où commencer.
1822 : Champollion
Le Français Jean-François Champollion connaît le copte, dernier état de la langue égyptienne. Il compare des noms de rois étrangers écrits en cartouches, comprend que les signes notent des sons, puis l’applique aux noms égyptiens. Sa « Lettre à M. Dacier » est lue en septembre 1822.
À ton tour de refaire sa découverte.
Le métier de scribe
Savoir lire et écrire est un privilège : seule une petite minorité y parvient. Les futurs scribes apprennent dès l’enfance en recopiant des textes modèles sur des éclats de calcaire ou de poterie. Une fois formé, un scribe ne travaille plus de ses mains : compter les grains, rédiger les lettres du roi, tenir les archives du temple, c’est le sommet de la carrière. Un texte célèbre, la Satire des métiers, le répète à un élève : devenir scribe, c’est échapper aux travaux pénibles.
Le papyrus est fait de tiges d’une plante du delta, découpées en lanières posées en deux couches croisées, battues et séchées. L’encre noire est du charbon avec de la gomme, la rouge de l’ocre. Le mot « papier » vient du mot grec papyros.
L’ostraconle brouillon : un éclat de calcaire ou de poterieLe papyrusrouleaux de plus de 40 mLa palettedeux couleurs, roseaux
Lire et penser : cinq textes
Les Égyptiens n’ont pas de traités de philosophie comme les Grecs, mais ils se posent de vraies questions : qu’est-ce qu’être juste ? que faire face à la mort ? Les réponses sont dans des contes, des chansons et des « enseignements ».
Moyen Empire
Le Conte de Sinouhé
Un courtisan s’enfuit à la mort du roi, devient chef en Syrie, puis rentre mourir en Égypte. L’un des récits les plus célèbres de la littérature égyptienne, copié pendant des siècles.
Moyen Empire
Le Paysan éloquent
Un paysan volé par un noble plaide neuf fois devant un fonctionnaire, avec de si beaux discours que le roi les fait écrire. Message : la Maât doit être la même pour tous.
Ancien Empire
Les Maximes de Ptahhotep
Un vizir donne des conseils à son fils : écoute, sois honnête, ne sois pas fier de ton savoir. Un autre « enseignement », celui d’Aménémopé, ressemble beaucoup à des passages de la Bible (Proverbes).
Moyen Empire · copié au Nouvel Empire
Le Chant du harpiste
Un harpiste chante devant une tombe : personne n’est revenu dire ce qu’on y trouve, alors profite : « passe un jour heureux ». Un très ancien carpe diem.
Nouvel Empire
Les poèmes d’amour
Une jeune fille et un jeune homme s’appellent « frère » et « sœur », se guettent au bord du fleuve. Ce sont les plus anciens poèmes d’amour qui nous soient parvenus en abondance.
Une idée géniale
Ptah crée par la parole
Dans un texte de Memphis, le dieu Ptah conçoit le monde dans son cœur (la pensée) puis le crée en le disant avec sa langue. L’idée que la parole crée le réel traversera tout l’Antiquité.
À retenir
Les hiéroglyphes sont une vraie écriture, faite de sons, de mots et d’indices de catégorie.
Le hiératique et le démotique sont les écritures de tous les jours ; le copte en est le dernier état.
On les relit depuis 1822 grâce à la pierre de Rosette, au copte et à Champollion.
Des tombes en briques aux pyramides, puis aux temples géants : en quelques siècles, les Égyptiens apprennent à tailler, déplacer et dresser la pierre comme personne avant eux. La Grande Pyramide reste la plus haute construction du monde pendant près de 3 800 ans.
De la tombe à la pyramide en quatre siècles
Vers −3000
Le mastaba
Une tombe en banc de briques crues, au toit plat, sur un puits qui descend à la chambre du mort.
Vers −2650
La pyramide à degrés
Imhotep empile six mastabas de pierre à Saqqarah pour Djéser : environ 60 m de haut. Premier grand édifice en pierre taillée.
Vers −2600
La pyramide lisse
Sous Snéfrou, essais à Meïdoum puis à Dahchour : la pyramide « rhomboïdale » change de pente en cours de route (54° puis 43°). On apprend en bâtissant.
Vers −2560
Gizeh
Khéops, puis Khéphren et Mykérinos : trois pyramides côte à côte. Celle de Khéops mesurait 146,6 m (138,5 m aujourd’hui, le sommet a disparu).
Avant de lire : fais une hypothèse
Presque toutes les pyramides sont sur la rive ouest du Nil. Pourquoi ?
Oui. Le soleil naît à l’est (les villes et les temples du soleil) et « meurt » à l’ouest, pour renaître le lendemain. Les tombes sont sur la rive des morts, dans le désert, hors d’atteinte de la crue. Le roi défunt suit la barque solaire dans l’au-delà.
Dans le ventre de la Grande Pyramide
Coupe vue de l’est, l’entrée est sur la face nord (à gauche). Clique sur les repères.
146,6 m
hauteur d’origine
230 m
de côté à la base, presque un carré parfait
≈ 2,3 millions
de blocs, de 2,5 tonnes en moyenne
≈ 20 ans
de chantier sous Khéops
Calcule ta pyramide
Les Égyptiens ne parlent pas d’angles mais de séked : de combien de palmes on recule horizontalement pour chaque coudée (7 palmes) de montée. Plus le séked est petit, plus la pyramide est raide. Règle le séked et la base.
Qui a bâti ? Quatre indices
L’historien grec Hérodote écrit vers −450, plus de 2 000 ans après Khéops, que 100 000 hommes travaillaient par rotation. Les archéologues ont trouvé bien mieux que ça.
Indice 1
La ville des ouvriers
Au pied du plateau de Gizeh, les fouilles de Mark Lehner et de Zahi Hawass ont révélé des dortoirs, des boulangeries, des brasseries, des ateliers. On y mangeait du pain, du poisson, de la viande de bœuf.
Indice 2
Leurs tombes
Des cimetières modestes tout près des pyramides. Les squelettes montrent des os cassés soignés, des membres amputés guéris : des gens qu’on a pris la peine de soigner, pas des esclaves qu’on jette.
Indice 3
Les graffitis d’équipes
Les ouvriers sont organisés en équipes aux noms de fierté, peints sur les blocs : « les Amis de Khoufou », « les Ivres de Mykérinos ».
Indice 4
Le journal de Merer
En 2013, on découvre à Ouadi el-Jarf, au bord de la mer Rouge, les plus anciens papyrus écrits connus : le carnet d’un chef d’équipe nommé Merer qui convoie par bateau des blocs de calcaire fin de Toura jusqu’à Gizeh, pour la Grande Pyramide.
Conclusion : de 20 000 à 30 000 ouvriers, nourris, logés, organisés en équipes, dont une partie travaille pendant la crue, quand les champs sont sous l’eau. La pyramide est un projet national, pas un camp de travail forcé.
Comment faire sans grue ?
Tailler
Des outils de cuivre et des boules de dolérite, une roche très dure, pour le granit. Le calcaire se débite en carrière, bloc après bloc.
Transporter
Les blocs glissent sur des traîneaux. Une peinture de tombe du Moyen Empire montre un homme qui verse de l’eau devant les patins : en 2014, des physiciens ont montré que le sable mouillé réduit presque de moitié l’effort pour tirer.
Monter
Des rampes de briques et de gravats, droites ou en lacet : on en a retrouvé dans des carrières comme Hatnoub. Pour la Grande Pyramide, la forme exacte reste débattue.
Viser juste
Les côtés sont orientés vers les points cardinaux avec une erreur de moins d’un dixième de degré, sans boussole, en visant des étoiles.
Niveau en Afil à plomb, boisCoudée royale≈ 52,3 cm, 7 palmes
Plus tard : cacher les rois, agrandir les dieux
La Vallée des Rois
Au Nouvel Empire, les pharaons abandonnent les pyramides, trop visibles et pillées, pour des tombes creusées dans la montagne, à Thèbes, environ 65 tombes et cavités connues, dont une vingtaine de tombes de rois. C’est là que repose Toutânkhamon.
Karnak
Le temple d’Amon est agrandi pendant environ 2 000 ans par des dizaines de rois. Sa salle à colonnes, la salle hypostyle, en compte 134, hautes jusqu’à 21 m.
Abou Simbel
Ramsès II fait tailler dans la falaise nubienne un temple gardé par quatre colosses de 20 m. Deux fois par an, le soleil levant éclaire le fond du sanctuaire.
Deir el-Bahari
Le temple d’Hatchepsout, en terrasses, s’adosse à la falaise de Thèbes ; ses murs racontent l’expédition de Pount (voir l’onglet 10).
Dans la Vallée des Rois
Les pharaons du Nouvel Empire cachent leur tombe dans la falaise. Suis le couloir, de l’entrée à la salle funéraire.
Dans la salle à colonnes de Karnak
Une forêt de pierre, pensée comme un marais de papyrus, éclairée par le haut. Clique sur les numéros pour la parcourir.
À retenir
En moins de cinq siècles, on passe d’une tombe de quelques mètres de haut aux 146 m de la Grande Pyramide.
Les bâtisseurs sont des ouvriers logés, nourris et soignés, pas des esclaves enchaînés.
Mesure (séked, coudée, niveau en A) et organisation comptent autant que la force.
Dans le reste de Tessera
La géométrie, les styles, les chantiers : compare avec d’autres lieux.
Les Égyptiens ne font pas de la science pour la science. Ils veulent prévoir la crue, partager les champs, bâtir juste, soigner les malades. Résultat : un calendrier qui nous sert encore, des mathématiques pratiques et une médecine étonnamment rationnelle.
Un calendrier calé sur une étoile
Chaque été, avant l’aube, Sirius (Sopdet en égyptien) réapparaît à l’horizon après plusieurs semaines d’absence. À peu près au même moment, la crue arrive. Les prêtres ont compris qu’on pouvait s’en servir pour compter les années : le « nouvel an » est le jour où l’étoile revient.
Ils fixent alors une année civile de 365 jours : trois saisons de quatre mois de trente jours, plus cinq jours de fête à la fin. Les jours sont regroupés par dix (une « décade »). Le jour et la nuit comptent chacun douze heures ; la nuit, on repère les heures au lever de groupes d’étoiles, les décans (36 en tout, un par décade).
Horloge à eaumesure la nuit, quand le soleil est absentHorloge à ombrele jour : l’ombre de la barre
Problème : l’année du soleil dure 365,25 jours, pas 365. Le calendrier civil prend donc un jour de retard tous les quatre ans par rapport au ciel. Combien de temps avant qu’il soit complètement à l’envers ? Fais glisser.
Avant de lire : fais une hypothèse
Le cheval et le char de guerre arrivent en Égypte vers −1600. Qui les apporte ?
Les Hyksos. Ces « chefs des pays étrangers » dominent le delta pendant une centaine d’années (vers −1650 à −1550). On leur attribue souvent, même si c’est débattu, le cheval, le char et l’arc composite. Les Égyptiens, vaincus au début, copient ce qui marche, puis les chassent vers −1550 : c’est le début du Nouvel Empire. Une leçon qui vaut pour toutes les civilisations : on n’invente pas toujours, on copie très vite.
Compter, partager, mesurer
Des fractions de pain
Un Égyptien n’écrit pas 3/5 : il écrit 1/2 + 1/10. Il n’utilise que des fractions de numérateur 1 (les « fractions unitaires »), avec deux exceptions, 2/3 et 3/4. Les rations de grain ou de pain se partagent ainsi.
Le papyrus Rhind
Copié vers −1550 par le scribe Ahmès, il contient 84 problèmes : partages, volumes de greniers, aires de champs. Pour un cercle, il propose un calcul qui donne π ≈ 3,16, à moins de 1 % de la vraie valeur.
Un tronc de pyramide
Le papyrus de Moscou (vers −1850) calcule correctement le volume d’un tronc de pyramide à base carrée, plus de mille ans avant les mathématiciens grecs.
Essaie le partage à l’égyptienne : combien de pains, pour combien de personnes ?
Soigner, avec méthode
Les médecins (sounou) sont souvent spécialisés (yeux, dents, ventre). Leurs savoirs sont écrits sur des papyrus : le papyrus Edwin Smith (copie vers −1600) décrit 48 cas de blessures avec une méthode surprenante : examen, diagnostic, puis un verdict de trois sortes. Le papyrus Ebers (vers −1550) rassemble environ 700 remèdes et formules.
Magie et médecine vont de pair : on récite une formule en appliquant le remède. Le miel, par exemple, sert à couvrir les plaies, et on sait aujourd’hui qu’il limite les infections.
Le mielpansement et conservateur
Le médecin est confiant : on peut guérir. Exemple : une plaie à la tête qui atteint l’os sans le briser. Il propose un pansement de viande fraîche, puis du miel et de la graisse.
Le cas est grave et l’issue incertaine. Exemple : une plaie ouverte à la tête, où le crâne est fendu. Le médecin examine, soigne comme il peut, puis attend de voir comment le blessé évolue.
Le médecin ne promet rien : mieux vaut ne pas s’acharner. Exemples : un crâne écrasé (le médecin décrit même la surface du cerveau, « comme le cuivre fondu »), ou une vertèbre du cou déplacée avec paralysie. Cette honnêteté fait la modernité du papyrus : il admet les limites de la médecine.
Avant de lire : fais une hypothèse
Une jarre de vin est trop lourde pour être soulevée. Comment la vider sans la pencher, avec un simple tube de roseau creux ?
Le siphon. Des scènes de tombes égyptiennes (vers −1500) sont interprétées comme montrant déjà des siphons qui tirent du vin ou de l’eau de grandes jarres. Une fois le tube rempli (l’« amorçage »), la colonne de liquide du côté qui descend est plus lourde que celle qui monte : elle entraîne le liquide par-dessus le bord. Il suffit que la sortie soit plus basse que la surface du liquide. Dans le labo ci-dessous, tu le vérifies en bougeant le deuxième récipient.
Le labo du siphon : vider sans pencher
Le siphon est l’un des tours de main les plus simples et les plus malins de l’Antiquité : un tube en U renversé, et le liquide passe de lui-même au-dessus d’un bord. Amorce-le, puis fais descendre ou monter le récipient B pour comprendre quand il coule, dans quel sens, et quand il s’arrête.
Un jouet devenu outil. Les Égyptiens l’auraient utilisé pour soutirer le vin ou la bière sans remuer le dépôt au fond de la jarre. Les Grecs s’en servent aussi : la « coupe de Justice » de Pythagore, à Samos (VIe siècle av. J.-C.), cache un siphon dans son pied : si on la remplit trop, tout le vin s’écoule. Plus tard, Héron d’Alexandrie écrit sur les siphons dans son traité Pneumatiques, et les Romains en tirent parti pour leurs aqueducs (les « siphons inversés » qui franchissent les vallées).
Une limite. Au niveau de la mer, pour de l’eau, la partie la plus haute du tube ne peut guère dépasser une dizaine de mètres au-dessus du liquide : au-delà, le liquide se vaporise ou se brise et le siphon s’arrête. C’est la même limite que celle qui empêche une pompe aspirante de monter l’eau de plus de 10 m.
Un siphon de roseausur une jarre à vinLa coupe de Pythagoretrop remplie, elle se vide
Des inventions du quotidien
Le khôlfard noir : contre le soleil et peut-être les infectionsLe verre coloréfabriqué en Égypte à partir de −1500La balanceon pèse l’or, l’encens, le cuivreL’arairela charrue de bois tirée par des bœufsLa faucilledes lames de silex sur un manche courbeLe papyrusl’ancêtre de notre papierLa coudéeune unité de mesure officielle de 52,3 cmLa voile carréedessinée sur des vases vers −3200
À retenir
L’année de 365 jours (3 saisons de 4 mois) est calée sur Sirius et la crue ; elle prend un jour de retard tous les quatre ans.
Les maths sont pratiques : fractions unitaires, aires, volumes, pentes (séked).
La médecine observe, diagnostique, et ose dire « on n’y peut rien ».
Le siphon : amorcé, il coule tant que la sortie est plus basse que la surface du liquide (limite d’environ 10 m pour l’eau).
Les Égyptiens inventent beaucoup, mais empruntent aussi : le char arrive d’Asie, sans doute à l’époque des Hyksos.
Dans le reste de Tessera
Les savoirs d’Égypte, et ce que la Grèce en fait ensuite.
Les pharaons font l’histoire, mais l’immense majorité des Égyptiens sont des paysans. Que mangent-ils ? Comment s’habillent-ils ? À quoi jouent les enfants ? Et que fait-on quand le salaire n’arrive pas ?
Avant de lire : fais une hypothèse
Vers −1157, les ouvriers du village de Deir el-Médineh, qui creusent les tombes de la Vallée des Rois, posent leurs outils et s’assoient près d’un temple. Pourquoi ?
La paye. Les ouvriers sont payés en nature (grain, poisson, légumes). Un papyrus de Turin rapporte leur plainte : depuis dix-huit jours ce mois-ci, ils viennent s’asseoir derrière le temple de Thoutmosis III, poussés par la faim et la soif. Les scribes finissent par distribuer des rations. C’est la plus ancienne grève connue de l’histoire.
Deir el-Médineh, un village de spécialistes
Vers −1500, on construit un village fermé au pied de la montagne pour loger les ouvriers qui creusent et décorent les tombes royales : maçons, sculpteurs, peintres, scribes. Leurs maisons étroites, en briques crues blanchies, ont des caves, une pièce de séjour et un toit en terrasse.
Ils travaillent huit jours, puis se reposent deux jours (une semaine de dix jours). On a retrouvé leurs carnets sur des éclats de calcaire : listes d’absences (« il brasse de la bière », « sa femme est malade »), lettres, contes, poèmes, plaintes.
Le paind’amidonnier, base de tous les repasLa bièreépaisse, nourrissante, peu alcoolisée
Dans une maison d’ouvrier
Voici l’une des maisons du village, toit retiré. Clique sur les numéros pour entrer pièce après pièce.
Au menu
Tous les jours
Du pain et de la bière, avec des oignons, de l’ail, des lentilles, du poisson séché, du concombre. Boire de l’eau du fleuve est dangereux : la bière légère est un aliment.
Les jours de fête
Volaille (oies, canards), bœuf, gâteaux au miel, dattes, figues, raisin. Le vin est une boisson de riches.
Le salaire
Presque personne n’est payé en argent : il n’existe pas de pièces avant l’époque tardive. On reçoit du grain, du pain, de la bière, de l’huile, du tissu. Le métal pèse : on compare tout en « deben » (environ 91 g de cuivre).
Lin, perruques et khôl
Le climat est chaud, donc on porte du lin, très léger : un pagne pour les hommes, une robe fourreau pour les femmes, souvent plissée pour les riches. Les enfants vont nus jusqu’à la puberté, avec une longue mèche sur le côté (« la boucle de l’enfance »).
Beaucoup d’hommes et de femmes se rasent le crâne, contre la chaleur et les poux, et portent des perruques pour les fêtes. Hommes et femmes se maquillent les yeux au khôl. Les sandales sont en papyrus ou en cuir.
Perruquecheveux ou fibres tressésMiroirbronze poli, manche en papyrusSandalespapyrus tressé
Jouer et faire de la musique
Les Égyptiens aiment les jeux de société, la danse, les banquets. Le senet (« le passage ») se joue dès −3000 environ sur un plateau de trente cases ; on pense qu’il évoque le voyage de l’âme vers l’au-delà. Les règles exactes se sont perdues et sont reconstituées. Fais défiler.
Le senetle jeu le plus populaireJouets d’enfantsballe, toupie, poupéeLa harpel’instrument des banquetsLe sistrehochet sacré d’Hathor
Six vies, six horizons
Le paysan travaille selon les saisons : digues et récoltes, semailles, moisson. Il garde une part de sa récolte et livre l’autre en impôt. Le roi peut aussi le convoquer pour des « corvées » (chantiers, canaux). Si la crue est mauvaise, c’est la famine.
Le scribe ne fait ni corvée ni travail manuel. Il compte, rédige, archive, et son savoir lui donne une position respectée, parfois un poste de haut fonctionnaire. Il est payé en nature par le temple ou l’administration.
L’ouvrier de la nécropole travaille huit jours sur dix, creuse la roche à la lueur de lampes à huile et décore les tombes. Il est payé en grain. Il sait souvent lire et écrire, et il est assez fort pour faire grève.
Le soldat : au Nouvel Empire, l’Égypte a une vraie armée de métier (fantassins, archers, conducteurs de chars). Il reçoit une part du butin et parfois une terre. Un texte célèbre prête à un scribe l’idée que le soldat n’a pas une vie enviable.
Le prêtre sert par roulement : les prêtres d’un temple sont répartis en quatre équipes qui se relaient chaque mois. Le reste de l’année, il vit de son métier ou de ses terres. Les grands prêtres, eux, sont de très grands personnages.
La dame de la haute société dirige la maison, les serviteurs et parfois un domaine. Elle peut hériter, posséder des terres, faire du commerce, témoigner au tribunal. Les plus puissantes sont chanteuses ou prêtresses dans un temple.
À retenir
Pain, bière, lin, calcaire : la vie quotidienne est simple, mais très organisée.
On est payé en nature ; quand les rations ne viennent pas, on peut faire grève.
Les jeux, la musique et le maquillage montrent une société qui aime vivre, pas seulement mourir.
Une statue égyptienne n’est pas faite pour être admirée : elle est faite pour servir. Elle donne un corps au double du mort, rend présent un dieu, fait vivre éternellement une scène de banquet. Alors, l’art suit des règles strictes, qui changent très lentement.
Lire une image égyptienne
Regarde ce bas-relief et clique sur les repères : les artistes ne dessinent pas ce qu’on voit, ils dessinent ce qu’on sait d’un corps, en montrant chaque partie sous son meilleur angle.
Avant de lire : fais une hypothèse
Le bleu égyptien est le premier pigment fabriqué par l’homme. De quoi est-il fait ?
Un mélange cuit. On chauffe vers 900 à 1 000 °C du sable de quartz, un composé de cuivre (malachite ou bronze râpé), de la chaux et un fondant (le natron). On obtient une « fritte » bleue, qu’on broie en poudre. Chimiquement, c’est un silicate de cuivre et de calcium, d’une très grande stabilité. Les Égyptiens l’emploient dès l’Ancien Empire : ils l’ont inventé parce qu’ils n’avaient pas de bleu naturel assez beau.
Une palette de couleurs symboliques
Vertla végétation, la renaissance (Osiris est vert)
Noirla terre fertile, la fécondité ; la couleur de la momie
Rougele désert et la force ; aussi le danger
Bleule ciel, l’eau, le Nil
Jaune et orle soleil, l’éternité, la peau des dieux
Blancla pureté, le sacré
Les pigmentsocre, malachite, charbon, craie, bleu égyptien
Cinq styles en trois mille ans
L’art égyptien paraît immobile, mais il évolue. Choisis une époque.
Majestueux et calme. Les statues de rois sont massives, aux visages jeunes et sereins, aux corps idéalisés. Celles des fonctionnaires, comme le scribe accroupi, sont d’un naturel saisissant, avec des yeux incrustés de cristal.
Réaliste, presque inquiet. Après la période de troubles, les pharaons se font représenter fatigués : visages creusés, paupières lourdes, comme celui de Sésostris III. Le roi n’est plus un dieu intouchable, c’est un homme chargé du pays.
Élégant et monumental. Colosses (Abou Simbel), temples immenses, bijoux d’or et de lapis, statues aux lignes fines. Les couleurs sont plus riches, les détails plus fins.
Libre et intime. Sous Akhénaton, les corps sont allongés, ventres ronds, visages étirés ; le roi s’embrasse en famille, sous les rayons d’Aton. Après sa mort, les artistes reviennent aux règles anciennes, mais gardent une douceur nouvelle.
Mêlé de grec. Les Ptolémées, d’origine grecque, mélangent les styles : visages plus naturels, boucles à la grecque sur les statues, temples égyptiens (Edfou, Philæ, Dendera) qui conservent la tradition.
Des objets d’art, pas seulement des monuments
Statue de scribecalcaire peint, yeux en cristalCollier largefaïence, cornaline, lapis, orCuillère à fardune nageuse sculptée dans le boisVase d’albâtreune pierre translucide très travailléeStèle funérairesous le disque ailé du soleilMasquepour que le défunt garde un visageCercueil peintune maison pour le corpsOuchebtiun serviteur pour l’au-delà
À retenir
L’art est fonctionnel : statue = corps de remplacement, image = magie qui rend la scène éternelle.
Les règles (quadrillage, perspective « aspective », couleurs symboliques) sont stables ; le style change (Moyen Empire plus humain, Amarna plus libre).
Le bleu égyptien est un pigment fabriqué, inventé il y a plus de 4 500 ans.
Dans le reste de Tessera
Les salles de Culture montrent d’autres façons de regarder.
Protégée par le désert et la mer, l’Égypte se croit au centre du monde. Pourtant elle a besoin de ce qu’elle n’a pas : bois, or, encens, ivoire, métaux. Pour l’obtenir, elle envoie des expéditions, signe des traités… et fait parfois la guerre.
Avant de lire : fais une hypothèse
Vers −1470, la reine Hatchepsout envoie cinq navires au pays de Pount, « terre des dieux ». Où est-ce ?
Probablement au sud de la mer Rouge. Les reliefs du temple de Deir el-Bahari montrent des girafes, des babouins, de l’ébène et surtout 31 arbres à encens plantés dans des paniers, rapportés vivants. En 2020, des chercheurs ont analysé deux babouins momifiés du Nouvel Empire, sans doute venus de Pount : leur chimie (dents et poils) est compatible avec l’Érythrée, l’Éthiopie, Djibouti, la Somalie ou le Yémen. Le lieu exact reste discuté, mais cela renforce l’hypothèse d’un Pount au sud de la mer Rouge, sans la prouver.
Les routes du monde égyptien
Clique sur un trajet pour savoir qui y va, quand et pourquoi.
Quatre grands voyages
Vers −2250 · Ancien Empire
Harkhouf chez les Nubiens
Ce chef des caravanes, originaire d’Éléphantine, mène quatre expéditions vers le sud, sous Mérenrê puis sous le jeune roi Pépi II. Il rapporte de l’ébène, de l’ivoire, de l’encens… et un « danseur des dieux », que le roi demande par lettre de lui amener en bonne santé. Cette lettre est gravée sur sa tombe.
Vers −1470 · Nouvel Empire
Pount avec Hatchepsout
Cinq navires à voile et à rames descendent la mer Rouge. Ils rapportent de l’encens, de la myrrhe, de l’or, de l’ivoire, des peaux de léopard et des arbres vivants. L’expédition est racontée sur les murs de son temple : c’est son plus grand titre de gloire, loin de la guerre.
Vers −1075 · fin du Nouvel Empire
Ounamon à Byblos
Un prêtre d’Amon est envoyé acheter du cèdre pour la barque sacrée. Mais l’Égypte est affaiblie : le prince de Byblos le fait attendre des mois et exige d’être payé d’avance. Le récit de ses malheurs (probablement un texte littéraire) montre qu’un pharaon n’impressionne plus personne.
Vers −600 · Basse Époque
Le tour de l’Afrique ?
Selon Hérodote, le pharaon Néchao II charge des marins phéniciens de faire le tour de l’Afrique. Partis de la mer Rouge, ils reviennent trois ans plus tard par la Méditerranée, en racontant que le soleil était à leur droite. Si c’est vrai, c’est un exploit de 2 000 ans avant Vasco de Gama.
Ce qui entre, ce qui sort
Cèdredu Liban : navires, cercueils, portesÉbènede Nubie et de PountIvoired’Afrique, pour les bijouxOrde Nubie : le « pays de l’or »Encens et myrrhede Pount, pour les templesLapis-lazulid’Afghanistan, par relaisHuile et vindu Levant, en amphoresLe bateaule grand moyen de transport
Ce que l’Égypte vend : du blé, du lin, du papyrus, de l’or, des étoffes, des objets de luxe. Elle n’a pas de monnaie : on échange, on compare des valeurs en poids de métal.
La guerre : Qadesh, vers −1274
Au Nouvel Empire, l’Égypte a une armée de métier, des chars légers (arrivés d’Asie à l’époque des Hyksos), des archers à l’arc composite et des épées courbes en bronze, les khopesh. Les pharaons guerroient en Nubie et au Levant pour garder des « États tampons » et des routes commerciales.
Près de Qadesh, en Syrie, Ramsès II affronte les Hittites. Surpris par une embuscade, il manque de perdre son armée. Chaque camp proclame sa victoire ; vers −1259, les deux rois signent un traité de paix, l’un des plus anciens connus. On en a retrouvé les deux versions, en égyptien et en akkadien.
Le khopeshépée en forme de faucilleL’arc compositebois, corne et tendon
Les lettres d’Amarna
Environ 350 lettres sur tablettes d’argile (382 avec les fragments), trouvées à Amarna, ont été reçues par Amenhotep III et Akhénaton : des grands rois (Babylone, Mitanni, Hittites), mais aussi beaucoup de petits souverains vassaux de Canaan. Elles sont écrites en akkadien : c’est la langue diplomatique du Proche-Orient, comme l’anglais aujourd’hui.
« Pas de filles du pharaon »
Les rois étrangers demandent des princesses égyptiennes en mariage. Le pharaon refuse : « de tout temps, la fille d’un roi d’Égypte n’a pas été donnée à personne ». Lui, épouse des filles étrangères : c’est un signe de supériorité.
Les Peuples de la mer
Vers −1177, des groupes de guerriers et de familles venus de la Méditerranée bouleversent le Proche-Orient et contribuent à la chute de royaumes (dont celui des Hittites). Ramsès III les arrête à l’embouchure du Nil. L’Égypte survit, mais épuisée : c’est le début de la fin du Nouvel Empire.
Au sud, la Nubie : quand les voisins deviennent rois
Pendant des siècles, l’Égypte domine la Nubie (aussi appelée Koush) et exploite son or. Puis le rapport se renverse : Piânkhy, roi de Napata dès −744, descend vers −725 le Nil avec son armée et prend l’Égypte. Lui et ses successeurs forment la XXVe dynastie, celle des « pharaons noirs » : ils restaurent les temples, remettent à la mode les pyramides (de petites pyramides à pente raide) et sont chassés par les Assyriens vers −664.
En −30, l’Égypte des pharaons s’éteint. Mais ses idées, ses mots, ses objets continuent de voyager : chez les Perses, les Grecs, les Romains, et jusque dans ton agenda. Ici, tu relies l’Égypte à ce qui vient avant et après.
Avant et après : qui donne, qui reçoit ?
Aucune civilisation n’invente tout seule. Clique sur chaque étape pour voir ce que l’Égypte reçoit et donne.
Mésopotamie et Nubie, avant et pendant. Les Sumériens, entre le Tigre et l’Euphrate, inventent l’écriture cunéiforme vers −3400 à −3200, tout près de l’apparition des hiéroglyphes ; on se demande encore si l’un a inspiré l’autre. Plus tard, l’Égypte reçoit le cheval et le char, sans doute à l’époque des Hyksos. À la Nubie, elle prend de l’or et des soldats ; la Nubie lui prendra ses dieux, son écriture et même son trône.
Égypte. Un royaume unifié très tôt, un État qui compte et écrit, une religion qui explique le monde, des chantiers de pierre sans équivalent. Elle donne surtout l’exemple d’un pays qui dure : elle impressionne les Perses, les Grecs et les Romains, qui admirent son ancienneté.
Perse (−525). Cambyse II conquiert l’Égypte, qui devient une province, une « satrapie ». Darius Ier restaure un canal entre le Nil et la mer Rouge et fait travailler des artisans égyptiens à Suse et à Persépolis. Un Égyptien, Oudjahorresnet, sert deux rois perses et leur explique la tradition pharaonique. La Perse reprend à l’Égypte une administration bien rodée et en donne une autre : celle d’un empire immense.
Grèce (−332). Alexandre le Grand est accueilli comme libérateur, puis ses successeurs, les Ptolémées, gouvernent 300 ans depuis Alexandrie, avec son phare, sa Bibliothèque et son Musée. Les Grecs admiraient déjà l’Égypte : Hérodote, Platon y puisent des idées. À Alexandrie, Euclide enseigne la géométrie, Ératosthène mesure la Terre. Les dieux fusionnent : Sérapis mêle Osiris-Apis et des traits de dieux grecs, comme Zeus.
Rome (−30). Auguste prend l’Égypte, qui devient sa propriété personnelle et le grenier à blé de Rome (environ un tiers du blé de la ville, selon Flavius Josèphe). Rome importe des obélisques (8 égyptiens y subsistent, sur 13 obélisques antiques) et le culte d’Isis, très populaire. L’Égypte, elle, gagne la paix, perd son indépendance et, avec le christianisme, voit s’éteindre ses dieux et ses hiéroglyphes (dernière inscription : 394).
La Grèce reprend cette chaîne dans l’autre sens (son onglet 11) ; la Perse et Rome feront de même.
Dans ta vie aujourd’hui
Le calendrier
365 jours, douze mois
Jules César fait réformer le calendrier romain en −46 avec l’astronome alexandrin Sosigène, en s’inspirant de l’année égyptienne : 365 jours, plus un jour supplémentaire tous les quatre ans. Le pape Grégoire XIII l’affine en 1582, c’est le nôtre.
L’heure
24 heures
Douze heures pour le jour, douze pour la nuit : nos 24 heures viennent des Égyptiens, via les Grecs. Leurs heures n’avaient pas la même durée en hiver et en été ; ce sont les Grecs puis les Européens qui les égaliseront.
L’alphabet
Du dessin à la lettre
Entre −1850 et −1500, des travailleurs parlant une langue sémitique, notamment dans les mines du Sinaï, empruntent des dessins aux hiéroglyphes pour noter des sons. Cette écriture donne l’alphabet phénicien, puis grec, puis latin : notre A est une tête de bœuf renversée.
Les mots
Du nilotique au français
« Ébène » vient de l’égyptien hebeny, « oasis » de ouahat, « natron » du nom d’un sel que les embaumeurs utilisaient. L’abréviation du sodium, Na, vient de ce natron (natrium).
Le papier
Papyrus → papier
Le mot « papier » vient du papyrus. Les rouleaux sont l’ancêtre des livres ; le papyrus sert dans tout le monde méditerranéen pendant plus de 3 000 ans, avant le parchemin et le papier.
Les soins
Observer, noter, comparer
Les médecins grecs, comme Hippocrate, s’appuient sur une tradition d’observation à laquelle les Égyptiens ont largement contribué. Les anatomistes d’Alexandrie, au IIIe siècle av. J.-C., sont parmi les premiers à disséquer pour comprendre le corps.
L’égyptomanie : redécouvrir l’Égypte
1798-1801
L’expédition de Napoléon emmène 167 savants. Leur « Description de l’Égypte » (23 volumes) déclenche une passion européenne.
1822
Champollion déchiffre les hiéroglyphes.
1836
L’obélisque de Louxor est dressé place de la Concorde, à Paris : 23 m, 3 300 ans, offert par l’Égypte.
1922
Howard Carter découvre la tombe de Toutânkhamon, presque intacte. Le monde entier suit les fouilles.
1964-1968
Pour sauver Abou Simbel de la montée des eaux, l’UNESCO fait découper les temples en plus d’un millier de blocs et les remonte 65 m plus haut.
1976
La momie de Ramsès II, malade, est soignée à Paris : elle arrive avec un passeport et les honneurs militaires.
1989
La pyramide de verre du Louvre ouvre au public.
En novembre 1922, dans la Vallée des Rois.
Trois idées reçues
« Les pyramides, ce sont des esclaves »
Faux : l’onglet 6 a montré des ouvriers logés, nourris et soignés. L’idée vient d’Hérodote, qui écrit 2 000 ans après Khéops.
« La malédiction de la momie »
Lord Carnarvon, qui finance la fouille de Toutânkhamon, meurt en avril 1923 d’une septicémie, après une piqûre de moustique infectée. La presse invente la « malédiction ». Pourtant, la plupart des personnes présentes à l’ouverture de la tombe ont vécu longtemps : Howard Carter lui-même est mort en 1939.
« Cléopâtre, une Égyptienne »
Elle est grecque, descendante de Ptolémée, général d’Alexandre. Mais elle est la seule de sa dynastie à apprendre la langue égyptienne.
Bilan : huit questions
Pour vérifier que tu as retenu l’essentiel. Pas de note, juste des explications.
Et après ?
La Grèce est en ligne, la Perse et Rome suivront
Cet onglet est le dernier de l’Égypte. La Grèce antique est déjà disponible dans le même format : une histoire, des inventions, des dieux, un art, et surtout ce qu’elle reçoit de ses voisines.